Portrait

Un café avec…

Dominique Pirio

Dominique Pirio a été la première femme bûcheronne. Un métier interdit aux femmes, dont elle a forcé l’entrée par amour de la forêt, le seul endroit où elle se sentait bien. Aujourd’hui professeure, élue et très engagée dans le monde associatif, au lieu de couper des arbres, elle en replante. Une manière pour elle d’apporter sa pierre dans la lutte contre le réchauffement climatique. Autant de chouettes raisons de prendre un café sur le port de Vannes en sa compagnie, sous le soleil d’automne.
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Travailler dans la forêt, c’était votre rêve… On peut dire que vous vous êtes battue pour le voir devenir réalité !

C’est vrai, j’aime les arbres. C’est difficile à expliquer. Dans certaines forêts, quand j’arrive, j’ai l’impression d’être bien, d’être chez moi. Je voulais travailler en forêt depuis gamine, depuis les balades avec mon père dans la forêt de Lanouée, près de Pleugriffet. J’ai eu une scolarité compliquée et je me suis dit : « C’est là que je suis bien ».

Mais en tant que femme, ça a été loin d’être facile. Comment avez-vous poussé la porte ?
Tout était fermé, même le concours de l’ONF (Office national des forêts, NDLR). J’ai tout écrémé ! Comme j’avais un prénom mixte et que la Sécurité sociale s’était trompée et m’avait donné un numéro commençant par « 1 », je pouvais m’inscrire partout, je ne mentais pas, je ne disais rien… Mais une fois sur place, c’était une autre histoire. Le milieu était très misogyne, et c’était écrit noir sur blanc que c’était interdit aux filles.

Vous avez finalement pu suivre une formation de bûcheronnage dans les Ardennes, et vous vous êtes ensuite inscrite pour passer le brevet de technicien agricole…
Oui, toujours grâce à cette erreur de la Sécu. Je me suis inscrite par correspondance. Quand je me suis présentée à l’examen, je me suis faite traiter de tous les noms… J’ai dû attendre un an et une dérogation. On m’a fait monter et démonter une tronçonneuse pendant deux heures, alors que les autres y passaient une demi-heure. À l’épreuve de bûcheronnage, il y avait un seul très gros arbre, 3,8 m3 de bois, je m’en souviens encore. C’est tombé sur moi. Ça a été terrible, mais c’est moi qui ai eu la meilleure note : j’étais la seule à savoir comment abattre un arbre.

Une fois le diplôme obtenu, les portes se sont-elles finalement ouvertes plus facilement ?
J’ai postulé pour être technicien à l’étranger, au Centre technique forestier tropical. J’ai été recrutée deux fois, pour gérer des équipes en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Nord.

À chaque fois, on m’a fermé la porte au nez parce que j’étais une femme et qu’on ne pouvait pas m’envoyer là-bas. J’ai fini par être embauchée comme conseillère forestière dans le sud de la France. Puis j’ai eu ma fille, et je suis venue m’installer à Arradon. En lisant le bulletin municipal, j’ai vu qu’ils allaient ouvrir une formation forestière. J’ai postulé comme enseignante, et j’y suis restée.

L’égalité femme-homme, c’est donc un combat qui vous parle ?
Oui, ça fait partie de mes combats. En tant qu’élue, j’ai d’ailleurs initié un comité d’égalité homme-femme. C’est important, même si les choses ont changé. Aujourd’hui, j’ai des filles dans mes formations. Je n’en ai pas beaucoup, mais en tout cas, la porte leur est ouverte.

Vous avez été bûcheronne, mais aujourd’hui, vous militez pour planter des arbres. C’est un peu paradoxal, non ?
Il faut surtout prendre conscience des enjeux environnementaux. L’arbre séquestre le carbone et limite l’effet de serre. Dans le cadre de l’association Clim’actions Bretagne Sud, nous portons deux projets autour de l’arbre, l’un comme sentinelle du climat, et l’autre pour le reboisement. Nous proposons aux entreprises locales de financer des projets de re-plantation à hauteur de 50 %. Un projet a déjà vu le jour à Saint-Nolff, et cette année, en collaboration avec le Club Entreprises, j’espère que l’on pourra en financer une à Vannes.

Ce discours porte, aujourd’hui ?
Les gens sont sensibilisés, mais assez démunis. Avec notre association, nous essayons d’imaginer des projets innovants, reproductibles, dont les citoyens peuvent s’emparer. Tout cela est peut-être une goutte d’eau, mais je ne me vois pas ne rien faire. Ce n’est pas possible. Chacun doit faire sa part, ce qu’il peut. En tant que citoyen, on peut acheter de l’énergie verte, privilégier un certain type d’agriculture… Je reste persuadée que le mouvement viendra non pas de la sphère politique, mais des citoyens. Je ne vois pas d’autre moyen de faire changer les choses.

 

Clim’ actions Bretagne Sud 

 

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