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Dédale

L'art prend des chemins de traverse


Dédale, c’est l’histoire d’un bête bâtiment administratif promis à la destruction. Sur le port de Vannes, les étages de bureaux juxtaposés ont été investis par une soixantaine d’artistes. Résultat : une collection ébouriffante de pièces où l’on est totalement immergé dans la création imaginée et mise en scène par chacun des auteurs. À voir d’urgence.

 

 

La Direction départementale de l’équipement a longtemps occupé ce bâtiment discrètement implanté sur le port de Vannes. Il doit être détruit en 2020 pour faire place à de nouveaux immeubles. Un collectif a eu l’idée de l’investir en attendant, pour y présenter le travail d’une soixantaine d’artistes.

La DDE devient donc DéDalE. « Dédale, c’est 3 000 m², 150 bureaux sur quatre niveaux, décrit Violaine Pondard, membre de l’association L’art prend la rue, porteuse du projet. Le rez-de-chaussée est consacré à la galerie. Pour le premier étage, nous avons demandé une note d’intention aux artistes. Le second étage, c’est la « free zone » où ils font ce qu’ils veulent, et le dernier niveau, c’est le bunker. Des artistes en résidence y travaillent. Il est interdit, pour l’instant, de montrer quoi que ce soit de ces œuvres ». 90% des artistes présents ici sont issus de la scène graff’.

Dans chaque pièce, l’art s’étale sur les murs, mais aussi sur le sol et le plafond. Plongés dans la pénombre, éclairés d’un néon tremblotant ou d’une lumière nette, certains bureaux sont totalement envahis par une installation. Il faut réserver sur Internet pour s’élancer dans les 45 minutes bien tassées nécessaires à la visite. Les pièces, mais également les couloirs ou l’escalier, ont été investis.

« Les artistes sont totalement libres dans leur expression, précise Violaine Pondard. Par exemple, pour le couloir, Moyoshi raconte qu’il a juste ouvert la porte et qu’il est tombé sur trois bateaux. Il est parti de leurs couleurs et de leurs formes ». Le lieu est mis a disposition par la mairie. Ce sont des mécènes qui financent les 100 000 euros par an nécessaires au fonctionnement. Dédale, c’est un triptyque, un lieu de création et d’exposition, un lieu de vie avec le café, et un lieu créateur d’événement.

Le travail des artistes interroge notre société. Les mignonnes abeilles de l’escalier traité façon ruche sont implantées dans le cadre d’une œuvre baptisée « Fuck Monsanto ». La Fleuj, lui, porte un regard sur le plaisir féminin avec des peintures liées à « L’Origine du monde » de Courbet et son sexe de femme offert aux regards. « L’œuvre de Courbet a été censurée sur Facebook, souligne-t-il. La question que ça pose, c’est : « Qui est-ce que ça dérange, et pourquoi ? ».

On n’ose pas voir. Il y a un tabou par rapport au plaisir féminin », décrypte celui qui se décrit comme plasticien issu du maquillage et des effets spéciaux. Influencé par le cinéma fantastique et la SF, il se projette dans un monde lointain, peuplé d’aliens, de robots et d’humains. « Il y a ici une liberté rare. Cette carte blanche donnée aux artistes est assez précieuse, surtout pour moi qui fais des choses qui sont délicates à montrer ».

 

Au deuxième étage, Jef, un peintre graffeur de Redon, met la dernière main à son « Dead Hall ». L’odeur de la peinture en aérosol pique le nez et la gorge. « Il y a ici quelque chose qui se passe, une sorte d’urgence. On sait qu’on ne va pas avoir cet espace tout le temps. Que des œuvres vont être recouvertes, pointe-t-il. Ici, au deuxième, on se lâche. On investit les murs comme on le peut le faire à l’extérieur, de façon brute et spontanée ». Des milliers de personnes se sont déjà inscrites aux visites. « C’est un projet qui a le mérite d’attirer autant le public que les artistes, souligne Jef.

C’est un beau lieu pour y mettre de la couleur, un lieu auparavant terne et typique de l’administration française. C’est un peu à l’image de ce que nous faisons avec le street art : avec notre travail, la ville est un peu plus colorée au quotidien. Après, on aime ou pas ». Nous, on aime.

 

 

 

 

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