-
La chronique littéraire de Julia Kerninon : « Cet été, j’ai fait une dépression »
Cet été, j’ai fait une dépression. Ou pour le dire de manière plus adéquate, j’ai traversé un épisode dépressif. Pendant deux ou trois mois, j’ai été au fond du trou. Prostrée. Profondément malheureuse. Dépourvue d’énergie. Suicidaire en pensée sinon en actes. Au début, je n’ai pas compris exactement à quoi c’était dû. Ça ressemblait un peu à la fragilité et la fatigue qui précèdent mes règles, alors j’ai pensé à un syndrome prémenstruel dysphorique, éventuellement accentué par la seconde dose du Pfizer, puisque même le New York Times se faisait l’écho de plaintes de femmes dans ce sens. J’ai pensé que j’étais fatiguée. J’ai pensé que je venais de me…
-
Inattendu. Ce jour où j’ai rencontré mon lecteur idéal
Récemment, je me suis rendue dans un office notarial afin de faire rédiger un contrat de mariage. Assis dos à la fenêtre dans son bureau rempli de tableaux, le notaire – un homme de cinquante-neuf ans portant un gilet d’intérieur en velours côtelé – nous a exposé avec verve les différentes options qui s’offraient à nous, faisant preuve d’une maîtrise qui, pour être administrative et financière, n’en était pas moins fascinante. Comme c’était la première fois que nous nous rencontrions, le notaire nous a demandé de décliner nos professions. Nous lui avons répondu, et il s’est alors passé une chose assez inédite pour être soulignée : en un instant, c’est comme…
-
« J’ai eu une aventure avec un appartement. »
En ces premiers jours de 2021, j’ai eu une aventure. J’étais seule à la maison avec les enfants, leur père travaillait à la capitale, et pendant soixante-douze heures, j’ai été incapable de manger ni de dormir, dépassée par mes émotions. J’étais tombée passionnément amoureuse d’un appartement. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été attirée par les maisons. Disons : les endroits où on habite. Les endroits où on vit. En rentrant du lycée, je bourrais mon cartable des revues publicitaires d’agences immobilières, pour rentrer les éplucher pendant des heures, soigneusement, scrutant chaque photo. Pendant nos vacances en Angleterre, je collectionnais les magazines immobiliers locaux et je me pâmais…
-
2 confinements en 7 mois, une vie clignotante.
Je me rappelle d’un bon poète qui répétait deux phrases obsédantes – Si tu crois que tout est perdu et que cela t’effraie, rassure-toi : en effet, tout est perdu. Ça semblait très beau à l’époque, très romantique et cynique et déglingue. Aujourd’hui, c’est simplement réaliste. Ces temps-ci, je commence à sérieusement envisager l’éventualité que la vie qu’on a connue jusque-là soit finie. Qu’elle ait tout à fait disparu à notre insu. On a fermé les yeux juste un instant, et tout est différent. La vérité, bien sûr, c’est qu’on ne les a pas du tout fermés un instant. On les a fermés beaucoup trop longtemps. J’écris ce texte dans…








