Rencontre

Une mélodie engagée

Sur la photographie de gauche à droite : Claire-Lise Démettre : violoncelliste; Sara Chenal : violoniste, Catherine Demonchy : altiste, Virginie Turban : violoniste.

La place des femmes dans la musique, c’est autour de cette question que se déroulait le festival Portées de Femmes les 08 et 09 mars dernier à Nantes. Grâce à l’espace Simone de Beauvoir nous avons pu assister au concert du Quatuor Sine Qua Non, un groupe de musiciennes aux répertoires très éclectiques. Sara Chenal, le 1er violon du Quatuor  nous livre son témoignage.

Qu’est ce qui vous a motivée à participer à ce festival  ?
On souhaitait  valoriser les travaux réalisés par des femmes, ce festival était vraiment la bonne occasion. C’est une première pour nous de ne jouer que des compositrices, d’habitude on les glisse dans le programme. Souvent les personnes ont besoin de voir un nom connu à l’affiche pour assister à un concert. Ensuite, on avait envie de connaître de nouvelles artistes de différents horizons, de différents pays et de différents styles. On s’aperçoit que les avancées ne sont pas les mêmes selon les artistes et les pays. C’est également l’occasion pour nous de faire découvrir de nouvelles artistes à travers nos interprétations.On sait que le monde du classique est très conventionnel et ordonné.

Vous avez pour objectif de faire connaître le travail de compositrices, comment est né ce projet ?
C’est parti de recherches personnelles, j’ai découvert de nouvelles compositrices que je souhaitais faire connaître et les filles du Quatuor ont tout de suite adhéré au projet. La difficulté que l’on a rencontrée est que l’émancipation de la femme est relativement récente et que l’on ne trouve pas énormément de traces de ce qui a été fait avant le 19ème siècle.

L’égalité femme-homme est une cause qui vous parle. A ce sujet, avez-vous déjà souffert du sexisme dans le cadre de votre travail ?
Ça n’a jamais été clair, on vous dira souvent que si on remet votre travail en cause c’est pour une autre raison.Il y a des moments ou il faut savoir s’imposer, montrer que l’on a du caractère. Mais je me suis parfois retrouvée dans des situations compliquées à gérer car il faut sans cesse prouver des choses aux autres.

Vous pensez que le monde du classique est un milieu sexiste ?
Pas plus qu’un autre secteur. Cependant je pense que quand on dirige ou qu’on est dans le secteur de la création comme les cheffes d’orchestres et les compositrices il y a une part d’imposition qui doit être là et les attaques fusent, il faut savoir rester solide.

On demande aux femmes d’être plus solides que les hommes ?
Oui totalement. Par exemple, on demande aux femmes cheffes d’orchestre d’avoir une force “masculine” même si ce n’est pas toujours justifié. Il faut une force de caractère, les femmes ne peuvent se permettre d’être gentilles et de laisser faire les choses. Il faut toujours qu’elles soient un peu plus fermes.

Un des objectifs du festival est de lutter contre la méconnaissance du matrimoine* musical. Est ce que vous menez des actions pour lutter contre ce problème ?
Bien sur ! Je suis enseignante de violon au Conservatoire du 9eme arrondissement de Paris et je fais découvrir des compositrices à mes élèves. Je suis présente lors des commissions d’examens pour choisir les morceaux d’évaluation et je fais tout pour que les morceaux de compositrices soient joués. Nous menons également d’autres actions avec le quatuor. Nous intervenons dans les collèges et lycées pour communiquer sur le travail des compositrices  et le faire connaître. Nous voulons montrer que ça existe et que c’est possible de composer quand on est une femme.

On sait aujourd’hui que les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes postes dans le domaine de la musique, est-ce quelque chose que vous ressentez ? Vous avez des exemples ?
Tout le monde est formaté, on est dans un moule et on s’en aperçoit souvent tardivement lorsque l’on commence à se questionner sur ce modèle. Pas plus tard que ce matin une collègue disait : “ Pourquoi les nourrices ne sont pas prises en compte  lors de nos tournées ? Au Canada c’est en train de se faire. “ Et là on était impressionnées, on a même pas osé y penser ! On s’interdit beaucoup de choses et on exécute des gestes du quotidien par obligation sans se poser de questions. Alors on réussit, on gravit les échelons et quand on arrive en haut on se demande ce que l’on a fait. On se rend compte que l’on se s’est pas réalisé et que l’on a juste réalisé les attentes et les contraintes; finalement on est pas véritablement nous même. Je pense que c’est encore plus difficile pour les femmes de s’affirmer et de se définir dans la musique car on attend d’elles une certaine forme de “docilité”.

Un des objectifs  du festival c’est de faire la promotion de nouvelles artistes; vous en avez une en particulier à nous faire découvrir ?
J’admire toutes les compositrices actuelles. Si je devais en choisir une ça serait surement Graciane Finzi. Quand j’ai découvert sa musique elle m’a parlé droit au cœur, il y a un message poétique qui s’en dégage. Elle me passionne, je la trouve vraiment incroyable !

 

* fait référence à l’héritage culturel des femmes
Photographies issues du site internet Quatuor Sine Qua Non 


Sara Chenal, 1er violon du Quatuor Sine Qua Non 

 


Quelques chiffres clés :

17% : femmes parmi les sociétaires de la SACEM en 2016.

11% : femmes à la direction de maisons d’opéra subventionnées par le Ministère de la Culture entre 2012 et 2016.

6% : femmes cheffes d’orchestres dans le monde entre 2014 et 2017.


Source : Rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes

 

 

Les compositrices interprétées par le Quatuor Sine Qua Non lors du festival  :

  • Germaine Tailleferre
  • Rebecca Clarke
  • Amy Beach
  • Graciane Finzi

 

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