Nantes

La verte

Dossier

Au fil des annonces de ces derniers mois, on a vu s’esquisser le Nantes des années 2025-2030. Johanna Rolland, la maire de la ville et présidente de Nantes Métropole, lance la cité dans une phase de transition vers une ville « verte et citoyenne ». Après le grand débat sur la Loire, pour remettre le fleuve au cœur de la cité, et le débat actuel sur la transition écologique, la volonté politique qui se dessine pour la fin de ce mandat – et des éventuels suivants – est de remettre la nature au cœur de la ville. Cet axe fort doit à la fois être bénéfique pour la qualité de vie des habitants, mais également constituer un élément de différenciation pour la métropole. Placer Nantes comme une ville dynamique et différente sur les cartes de France et d’Europe, faire rayonner la ville, c’est aussi demain la faire vivre, attirer entreprises et touristes. C’est en tout cas le pari posé par l’équipe municipale et métropolitaine actuelle. Le symbole de ce renouvellement, c’est l’Arbre aux hérons et son Jardin extraordinaire. Les premiers financements sont sur la table. Le travail commence là, comme il continue sur l’Île de Nantes, comme il est à lancer sur la place de la Petite Hollande, et comme il va bientôt débuter à la gare. Une vision du futur que nous avons voulu décrypter.

« Le Nantes de demain est en train de se dessiner aujourd’hui »

Depuis ces derniers mois, les annonces se succèdent : nouvelles lignes de tramway, nomination d’une architecte-paysagiste, Jacqueline Osty, pour prendre en main le devenir de l’Île de Nantes, lancement du projet d’Arbre aux hérons dans son Jardin extraordinaire… En ce printemps, les idées bourgeonnent et éclosent toujours dans un axe particulier : remettre la nature au cœur du renouvellement de la ville. Une ville qui se dessine aujourd’hui au niveau de la métropole. Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole, a accepté de nous dévoiler au cours d’un entretien sa vision pour la ville dans dix ans.

 

Vous venez de donner le coup d’envoi du projet d’Arbre aux hérons. Un projet qui était loin d’être acquis. Pourquoi avez-vous évolué sur cette question ?

Ma position n’a pas évolué. Le projet, lui, a évolué. Pendant la campagne, j’ai dit clairement que le temps où le maire de Nantes faisait un chèque de trente-cinq millions d’euros était terminé. De là est née cette idée de co-création avec les acteurs économiques. Ce projet doit devenir un projet collectif, fédérateur, démonstrateur du territoire. Installer cet arbre sur l’Île de Nantes correspondait au Nantes des années 90, et moi, mon sujet, c’est le Nantes des années 2020-2030. La nature même de ce projet, c’est d’être un révélateur d’un projet urbain paysager. On est dans ce moment où l’on passe de la construction du cœur historique de Nantes à la construction du cœur de la métropole.

 

Ce cœur de la métropole, quel est-il ?

Les trois grands projets que j’ai évoqués récemment – l’Île de Nantes, le Bas-Chantenay et la ZAC des Isles à Rezé-, ce triangle, demain, constituera le cœur de la métropole. Ce cœur de la métropole, il est en train de se retourner vers la Loire. C’est la première fois que je le dis : demain, on aura trois parcs qui n’en formeront qu’un : le Jardin extraordinaire de l’Arbre aux hérons, le parc de Jacqueline Osty sur l’Île de Nantes et celui de la ZAC des Isles. Ces trois parcs vont dialoguer ensemble et être reliés aussi ensemble puisque nous venons d’annoncer la nouvelle ligne de tramway. Et donc, le Nantes de demain, le Nantes de 2025-2030, il est en train de se dessiner là avec, c’est vrai, cette forte place donnée à la nature en ville.

Ce Jardin extraordinaire qui va abriter l’Arbre aux hérons, c’est la fin de la première branche de l’étoile verte qui débutera au Jardin des plantes. Cette étoile verte, c’est l’idée centrale de l’aménagement de la ville…

La première branche de l’étoile verte va se construire dans ce mandat. Il y a là une dimension « nature en ville » extrêmement forte, un vrai changement, physique, visuel, presque charnel dans le rapport à la nature. Elle fait le lien entre le Jardin des plantes, la gare, elle se poursuit sur le miroir d’eau, Feydeau, Commerce et sur la place de la Petite Hollande qui est le chaînon qui reste à imaginer pour aller jusqu’à l’Arbre extraordinaire dans un Jardin extraordinaire. Ce qu’il faut mesurer, c’est que l’étoile verte qu’on est en train d’inventer, en réalité, c’est un dessein pour les quinze prochaines années. Petit à petit, on va en tracer les étapes.

On a le sentiment que toutes ces pièces du puzzle qui va dessiner le Nantes de 2025-2030 se sont mises en place assez récemment…

En 2014, j’ai eu l’intuition, en allant à la rencontre des Nantais, de cette aspiration à une ville moins minérale. La force de Nantes, c’est sa qualité de vie. En même temps, je pense que ce n’est jamais un acquis. Si on ne renouvelle pas notre attention à ces sujets-là, on peut être en situation de perdre le temps d’avance que nous avons. Sur le fond, c’est aussi mon engagement sur les sujets de transition écologique au sens large. Tout ça, c’est ce qui a fondé le choix de dire : « la nature en ville doit être l’un des marqueurs de ce mandat ». Ensuite, vous avez raison, ça s’est construit petit à petit et il y a eu une première étape dans les choix des équipes. Prenons par exemple le choix de Jacqueline Osty pour l’Île de Nantes : c’est la première fois dans l’histoire de la ville que sur un sujet aussi emblématique, on confie le dossier à une paysagiste de renom. C’est la première manière de traduire cette volonté politique.

En choisissant Jacqueline Osty, une architecte paysagiste, vous posez un acte ?

Clairement. Un acte fort. D’ailleurs, ce choix est aujourd’hui regardé à l’échelle nationale.

Comme vous le dites, à l’avenir, Nantes sera donc « verte et citoyenne » ?

Ce sera l’un des marqueurs du mandat. Une des ruptures, le mot est peut-être un peu fort, quoique… En tout cas, ce sera une des inflexions majeures. Cette démarche, elle est possible aujourd’hui parce qu’il y a la rencontre entre trois choses : une volonté politique personnelle très forte sur ce sujet, des ressources naturelles qui existent, et enfin l’adhésion des Nantais. Car quand je regarde les chiffres des jardins familiaux et partagés, quand je regarde le succès que rencontre l’opération « Ma rue est un jardin », qui va du plus petit au plus fort niveau d’implication, cette adhésion des Nantais, je n’en doute pas.

Cet Arbre aux hérons, ce Jardin extraordinaire, qu’est-ce que ça raconte de Nantes ?

Je crois que ça raconte Nantes la créative, la ville de Jules Verne, des poètes surréalistes. Nantes la ville où il y a ce petit grain de folie qui faisait dire l’été dernier au Sunday Times qu’on est la ville la plus déjantée de France, et peut-être que dans quelques mois, on dira qu’on est une ville créative, européenne, verte et citoyenne, et aussi complètement à l’Ouest.

Cela permet aussi à la ville d’avoir une aura bien au-delà de ses frontières ?

Il y a une réalité : la concurrence aujourd’hui entre les métropoles, elle se fait à l’échelle nationale et aussi à l’échelle européenne. Moi, je crois qu’il y a aujourd’hui un risque en France et en Europe de standardisation, avec des grandes villes qui se ressembleraient toutes et aussi un risque d’aseptisation, où tout le monde consommerait pareil, vivrait pareil. Je ne crois que Nantes à des ressources pour se différencier.

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