Ciné

« La Surface de réparation »

La face cachée du football et Nantes en arrière-plan

« La Surface de réparation », le premier film de Christophe Régin, permet de pénétrer, grâce à Franck Gastambide et Alice Isaaz, dans les coulisses du monde du football. Le film, tourné avec le soutien du FC Nantes, raconte la rencontre de deux marginaux autour d’une vieille gloire du football. Hippolyte Girardot est magistral en patron de club, et Franck Gastambide éclate dans ce rôle d’ange gardien hors cadre des joueurs. Le film, qui a reçu le Valois du meilleur scénario au Festival du film francophone d’Angoulême, sort le 17 janvier prochain. Il a été projeté en avant-première nationale au Festival international du film de La Roche-sur-Yon, où Jean-Jacques Lester a rencontré le réalisateur et la productrice pour le Mag Ciné, sur France Bleu.

« La Surface de réparation », sortie le 17 janvier 2018

 

Rencontre avec Christophe Régin, le réalisateur

 

Franck Gastambide a été révélé dans des rôles complètement loufoques et farfelus dans « Les Kaïra » ou « Pattaya ». Vous lui offrez un rôle dans une tonalité plutôt dramatique. Comment vous est venue cette envie ?

Je l’ai repéré dans ce qu’il faisait en matière de comédie, et derrière le côté clownesque de son travail, il y avait une humanité, une sensibilité qu’il dégageait… Quand je l’ai rencontré, j’ai tout de suite vu que cette autre personne que j’avais entrevue dans son travail pouvait être parfait pour le personnage. Franck était d’ailleurs très touché par ce personnage, ces mecs qui ont des rêves, qui ne les ont pas accomplis, et qui restent à la marge des choses. Il voyait de quoi ça parlait, il a tout de suite compris comment le porter.

 

Et Hippolyte Girardot, vous le placez dans le rôle d’un dirigeant d’un club de foot. Il est épatant. Comment avez-vous pensé à lui ?

C’était un choix qui me faisait peur. Il me faisait peur parce que c’était un choix évident. Le premier film qui m’a donné envie de faire du cinéma, c’était « Un monde sans pitié ». Hippolyte Girardot, c’est un peu une espèce d’idole de jeunesse, une figure qui m’a fait perdre beaucoup de temps dans ma vie. Une espèce de glandeur qui fait un peu rien de sa vie, antisocial, qui rejette tout… Il me fascinait totalement quand j’étais jeune. Et dans mon film, avec un personnage qui va tuer le père, en gros, pour passer à autre chose, je trouvais ça bien de prendre cette figure qui, pour moi, avait aussi joué une figure tutélaire dans ma jeunesse.

 

 

 

« C’est un milieu qui m’a toujours fasciné, mais pas par les stars, par l’argent, même pas par les résultats. J’aimais bien les gens un peu différents, qui auraient pu devenir des grandes stars »

 

 

 

Pourquoi vous intéressez-vous tant au monde du football ?

C’est un milieu qui m’a toujours fasciné, mais pas par les stars, par l’argent, même pas par les résultats. J’aimais bien les gens un peu différents, qui auraient pu devenir des grandes stars. Ma grande idole quand j’étais adolescent, c’était Xavier Gravelaine. C’est ça qui m’intéressait dans ce milieu-là.

 

Il y a une justesse dans ce film. Vous avez de la tendresse, et en même temps, vous essayez de rendre les choses avec le maximum de vérité. On n’est pas dans la rigolade ni dans le glauque…

J’avais envie de faire un film à hauteur d’homme et de regarder ces gens-là sans aucun mépris, et en même temps, sans en faire des héros. Ce sont des personnages avec leurs failles, mais aussi quelque chose de très beau qui se dégage d’eux. Ce sont un peu des parcours de gens dont on n’entend jamais parler que j’avais envie de mettre en avant dans le film.

 

Pourquoi avoir choisi le FC Nantes ?

Je ne connaissais pas très bien la ville de Nantes, et je n’ai jamais été spécialement un grand fan du club. Mais c’était l’image que véhiculait ce club, l’image d’un club qui met en avant la jeunesse, le côté familial qui m’intéressait. C’est un club qui ne fait pas d’histoires, en fait. J’ai l’impression que c’est un club un peu lisse dans ce qu’il pouvait dégager. C’était aussi un club qui n’avait jamais été travaillé dans d’autres films, ou en tout cas dans d’autres imaginaires, comme Saint-Étienne, Marseille ou Lens. C’était un endroit qui était un peu à moi. Et j’aimais bien la ville de Nantes dans ce qu’elle dégageait. Une ville très ancrée dans le passé, et en même temps, très tournée vers l’avenir. C’est aussi ici une lumière particulière… C’est plein de choses comme ça, plus « sensibles » qu’intellectuelles, qui me plaisaient dans le choix de Nantes.

 

Dans le film, on reconnaît l’Île de Nantes, certains endroits de la ville, mais on a le sentiment que vous ne vous y attardez pas trop…

C’est ça, je n’avais pas envie de faire une espèce de panorama un peu global, une carte postale, ni de la ville de Nantes, ni du club. Il fallait toujours rester dans le point de vue du personnage, et dans un monde un peu fermé. On passe avec lui d’un endroit à un autre, on est dans sa tête. Il ne fallait pas une expression excessive des décors. C’est un film avec beaucoup de nuit, avec beaucoup de brume. On se perdait un peu dedans. Il y a une dimension un peu spectrale de la ville, liée aux conditions météo, un peu dures, mais qui nous ont permis d’arriver à ce résultat.

Renaud Davy (Arp Production), Christophe Régin (réalisateur), Marie-Ange Luciani (productrice) et Jean-Jacques Lester (France Bleu Loire Océan).

 

Rencontre avec Marie-Ange Luciani, la productrice

Le film « La Surface de réparation », présenté en avant-première française au Festival international de la Roche-sur-Yon, a créé une vraie surprise dans la salle. Il a suscité l’intérêt de tout le public, y compris féminin…

Du côté féminin, le sujet du football peut rebuter. C’est vrai qu’il y a beaucoup de surprises : on va voir un film qui parle de football, mais c’est un film de trajectoire, d’ambition ratée, un parcours qu’on peut retrouver dans pleins d’autres corps de métiers. C’est l’histoire d’une sorte de régisseur de l’ombre que l’on peut retrouver dans plein d’autres endroits, notamment au cinéma.

 

Le film a bénéficié de l’aide du FC Nantes : on voit les structures, les maillots, les phases d’entraînement là-bas… Comment les choses se sont-elles passées avec le club ?

Très bien. On a fait une première rencontre cinq ou six mois avant le début du tournage : on avait besoin de la validation d’un club pour pouvoir se dire qu’on s’installerait en région. Christophe avait très très envie du FC Nantes. Dès le début, on nous a dit : « Vous êtes chez-vous », on nous a donné les clefs de la maison. Ça s’est un peu tendu à un moment, parce que le club avait des difficultés avec son entraîneur et il y avait quelques tensions entre les supporters et le président du club. Donc, il y a eu des petits soucis pour pouvoir tourner, notamment autour du stade, mais ça s’est rétabli très vite, et ils ne nous ont jamais lâchés. Ça a été super, on nous a laissé faire et travailler absolument comme on voulait.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans la production de ce film ?

Le réalisateur, Christophe Régin, avait tourné deux courts-métrages qui se passaient déjà dans le milieu du football. J’avais trouvé, dans ces deux films-là, une singularité dans le choix du décor et du sujet. Il s’agissait toujours de conflits de loyauté dans un milieu, le milieu du football. Il a une façon de regarder les gens à hauteur d’homme que j’aime beaucoup. C’est-à-dire de faire de ces gens-là des espèces de héros ordinaires. Je trouve ça très beau chez Christophe, il y a une sensibilité qui me touche beaucoup.

 

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