Etre trisomique et serveur,

c'est possible !

Portrait

Il y a des idées qui suscitent immédiatement l’adhésion. Celle qu’a eue Flore Lelièvre de créer un restaurant où le service et la cuisine sont assurés par des salariés porteurs de trisomie est de celles-là . A l’origine, il s’agissait d’un projet de fin d’études pour cette jeune architecte d’intérieur. Poussée en avant à  chaque instant par une cascade de rencontres, le restaurant ouvre ses portes le 13 décembre, en plein centre-ville.

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« Je voulais provoquer une rencontre. » Flore Lelièvre à  26 ans,  à  ouvert son premier restaurant. Un endroit totalement inédit en France et qui bouscule tous les codes : service et cuisine seront assurés par des personnes handicapées mentales. Attention, il ne s’agit pas ici d’un centre spécialisé, mais bien d’une entreprise tout à  fait classique qui doit servir une cuisine au niveau des attentes de la clientèle.

« Au début les gens vont venir sans doute par curiosité, mais notre but c’est qu’ils reviennent parce que c’est bon et que les serveurs sons sympas, » s’amuse Flore Lelièvre.

Les serveurs et les cuisinières (puisqu’il s’agit de deux jeunes femmes) sont encadrés en salle par un gérant et en cuisine par une chef. « Le gérant est là  en cas de besoin, mais le reste du temps, il sera en retrait. Il faut que les employés soient autonomes, de la prise de commande jusqu’à  l’addition. ». «C’est la plus belle aventure qui m’ait été donnée de vivre, sourit Thomas Boulissière, le gérant de l’établissement, quand on aime les gens, la restauration, c’est un métier extra et comme eux aiment naturellement les gens, ça ne peut que bien se passer ». Ce professionnel n’avait jusqu’ici jamais eu la chance de travailler avec des personnes comme Antoine et Pauline, les deux serveurs trisomiques. «Je suis content, résume Antoine avec un grand sourire, le travail c’est fait pour partager les trucs de la vie », juge-t-il avant de répondre au téléphone.

Un restaurant pour créer un lien

Si l’architecte d’intérieur est aussi affirmative, c’est que chaque détail de cette aventure humaine a été peaufiné depuis qu’elle a eu cette idée de restaurant à  l’occasion son travail de fin d’études. « J’ai un de mes grands frères qui est trisomique, explique-t-elle. J’ai eu l’occasion de me rendre compte que l’intégration de ces personnes, ce n’est pas encore ça. Je voulais changer le regard que portent les gens sur la différence. Pour créer un lien, un restaurant, un endroit où l’on vient prendre du plaisir, est un lieu parfait. »

A chaque étape de son travail, elle a été encouragée. Son maître de stage est devenu son associé, elle a reçu aide et soutien d’expert-comptable, d’avocat… Chacun n’a qu’une seule idée en tête : que le projet aboutisse. Ce qui est en train de se faire. La société compte aujourd’hui 35 actionnaires, l’association, créée en parallèle pour promouvoir ce type d’initiative, 50 membres. « Le plus dur, c’est d’aller au bout du premier projet. Quand on a passé tous les écueils, on peut le dupliquer, » sourit Flore Lelièvre.

Depuis l’annonce de l’ouverture du Reflet, elle a reçu des sollicitations de la France entière, et même de Belgique pour créer des restaurants semblables. « La plupart des entreprises payent des amendes plutôt que d’embaucher des personnes handicapées parce que pour eux, c’est une contrainte. Si nous arrivons à  démontrer que ces personnes peuvent apporter quelque chose à  l’entreprise, nous aurons réussi, » assure-t-elle.

Une organisation totalement repensée 

Comment prendre une commande quand on ne sait pas écrire ? Comment faire passer les informations de la salle à  la cuisine ? Autant de problèmes qu’il a fallu résoudre. Des tables spécifiques ont été conçues où les 3 entrées, 3 plats, 3 desserts, qui changent en permanence, sont mis en évidence sur des cartes disposées dans des encoches. Le client n’a qu’à  tamponner pour commander. Pas d’erreur possible !

Les personnes trisomiques ont souvent un problème de motricité fine. Flore Lelièvre a donc imaginé pendant ses études des assiettes – au demeurant très jolies – avec l’emplacement pour y placer les doigts et ainsi la tenir fermement. 500 pièces ont été commandées à  Durtal.

Depuis son ouverture, mardi 3 janvier, le restaurant affiche complet.

Le Reflet – 4 rue des 3 croissants (à  l’emplacement de La Table des Roy)

www.projet-lereflet.com

Le financement participatif est toujours en cours : ulule.com/lereflet/

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