Découverte

De la vigne au milieu de l’océan

Quiberon, le nouveau terroir

Catherine et Hervé Bourdon, les propriétaires du Petit Hôtel du Grand Large, se sont lancés dans l’aventure de la création d’un vignoble… à Quiberon. Associés à Françoise Bedel, vigneronne de Champagne, ils sont en train de rassembler des terres et de les défricher. D’ici quelques années, ils espèrent pouvoir produire, à quelques mètres de l’océan, du vin en biodynamie. Rencontre avec des passionnés.

« On a un ensoleillement dingue, ici. Il y a des palmiers, des eucalyptus, des lauriers-roses… Cette année, les oliviers ont donné des olives. Donc, on va faire du raisin, c’est obligé, et ça va marcher ». Catherine Bourdon arpente l’une des premières parcelles de son futur vignoble. La lande est fraîchement défrichée. Sans végétation, on devine le squelette de pierre qui délimite les anciennes parcelles de cultures peu à peu laissées à l’abandon.

Partout où son regard se porte, l’océan est là. « On est au centre de la presqu’île, c’est le point culminant, et on a la mer autour de nous, décrit-elle. Elle va être notre amie et notre ennemie. Ce qu’on craint, c’est le vent, et avec le vent, l’iode qui vient de la mer et qui va peut-être brûler les raisins et la vigne ». Avant de planter, le chemin est encore long. Il faut obtenir les autorisations administratives, et avant cela encore, réfléchir, tester. Savoir quel cépage conviendrait sur cette terre bretonne et comment former les rangs. « On va planter des haies qui vont monter le plus haut possible pour nous protéger du vent, on va consolider les anciens murets. Il faut réfléchir pour planter la vigne, sans doute pas trop haut pour éviter la prise au vent.

Tout ça est en réflexion, on pense qu’on ne plantera pas avant 2020. Il faut faire les choses dans le bon sens. La vigne, ça prend du temps ». Cela laissera à Catherine Bourdon, son mari Hervé, et Françoise Bedel, le temps de convaincre d’autres petits propriétaires fonciers de la presqu’île de leur confier leurs terres. La mairie de Quiberon a donné l’exemple en leur louant quelques arpents, tout près de l’ancien moulin. D’autres ont suivi. Ils imaginent planter ici des vignes pour produire des cuvées de blanc, là obtenir du rouge.

 

 

 

« On est sur des granits, sur une très belle exposition. Qualitativement, il y a quelque chose à faire »

« On voit le potentiel que ce terroir peut avoir », tranche Jérôme Bretaudeau, l’un des vignerons qui ont contribué au changement d’image du vignoble nantais. Ce producteur de vins bio et biodynamiques, que l’on retrouve sur les plus grandes tables du monde, est venu reconnaître ce nouveau terrain d’expérimentation. « Il y a évidemment le potentiel du lieu, avec cette vue sur mer absolument splendide, et surtout le potentiel d’un terroir plutôt atypique. On est sur des granits, sur une très belle exposition. Je pense que qualitativement, il y a quelque chose à faire ». Lui qui connaît sur le bout des doigts l’histoire des vins de France sait qu’à une époque, la vigne s’épanouissait en Bretagne. « Remettre des vignes ici, ça a du sens. La création d’un vignoble, c’est long, mais il y a toute une vie pour ça. Il faut être un peu fou, concède-t-il. Mais quand on voit la cuisine du Petit Hôtel du Grand Large, leur potager maraîcher fait en permaculture, on voit que ce sont des passionnés. Et si je peux les aider, je le ferai ».

« Un jour, il y aura une AOC en Bretagne »

Catherine Bourdon ne nie pas le côté un peu fou du pari. Mais l’espoir est plus grand que la crainte. « Je suis persuadée qu’on peut faire du bon vin en Bretagne, puisqu’on y fait bien à manger. C’est un futur grand terroir, et on veut faire partie de l’aventure. Moi, sur ma carte des vins au restaurant, j’ai de plus en plus de « vins de France ». C’est-à-dire des vins sans appellation, produits par des gens qui se creusent la tête pour faire des choses, qui sortent des jus incroyables, mais qui ne rentrent pas forcément dans les normes. Donc, on se dit qu’ici, on est totalement hors normes, et qu’on va faire un vin de France. Et puis, ce n’est pas ce qu’on cherche, mais je suis sûre qu’un jour, il y aura une AOC en Bretagne ».

 

 

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