Évasion

Multiplast : l’usine des aventures du port de Vannes

Les plus grands navires de course sont sortis de ce chantier. Des navires qui ont remporté six fois le trophée Jules Verne, gagné la Route du Rhum, The Race, la Volvo Ocean Race. Ne manque au palmarès que le Vendée Globe. Pour l’instant. 

Multiplast fait partie du paysage. Sur le chenal du port de Vannes, on s’est habitué à voir sortir des ateliers des géants de mers prêts à relever tous les défis. Et les gagner. Cette année, plusieurs des concurrents du Vendée Globe s’alignent sur des navires sortis du chantier. Multiplast n’a jamais fait mieux que deuxième. « Le Vendée Globe, c’est la course qui nous échappe sourit (presque) Yann Penfornis, le directeur général du chantier. Pendant longtemps, on s’est concentré sur les multicoques et les courses en équipages. Ça a changé en 2007 avec Generali et Brit Air. Mais on a gagné six trophées Jules Verne, la route du Rhum, la Coupe de l’America par alliance en se mariant avec Décision pour créer le groupe Carboman.

Et puis, nos bateaux ont été les premiers à passer la barre des 500, des 600, des 700 et maintenant des 800 miles par 24 heures. Tout ça mis bout à bout, on obtient un palmarès qui n’est pas si mal ». Yann Penfornis raconte tout cela avec un débit mitraillette depuis son bureau au dernier étage, vue sur le chenal. L’adolescent qui venait regarder par les portes entrouvertes le mercredi après-midi en sortant de Saint-François-Xavier est aujourd’hui à la barre de cette « usine à aventures ». Un terme qu’on lâche pendant la conversation et qui lui plaît. « On pourrait penser que c’est parce qu’on fait des moyens de transport pour des aventuriers. Mais c’est l’aventure dans les deux sens du terme. L’aventure, pour nous, c’est de partir dans la fabrication d’engins dont on ne sait pas comment on va les faire. L’aventure commence avant que les gens ne l’imaginent », s’amuse-t-il. 

Les héros de l’usine

Surtout, on n’imagine pas tout ce qui a pu être conçu ici. Solar Impulse, l’avion solaire qui a fait le tour du monde, a volé grâce à la structure composite réalisée par le groupe. « Quand ils ont voulu faire cet avion, ils sont allés voir des fabricants d’avions qui leur disaient que c’était impossible. Ils sont venus chez nous. André Borschberg, l’un des deux pilotes de Solar impulse, est l’un des parrains de ce bâtiment. Il a dit quelque chose de totalement vrai pendant l’inauguration : ‘Ce n’est pas le fabricant de bougies qui a inventé l’ampoule électrique’. Je crois que c’est quelque chose qui nous définit bien ».

Multiplast réalise aujourd’hui 50 % de son activité hors de la voile. L’entreprise travaille pour la défense, l’aéronautique, mais aussi pour le bâtiment : c’est elle qui a réalisé les dômes de la cathédrale orthodoxe de Paris. « Notre boulot à nous, c’est gagner la Route du Rhum. Et on pensait que gagner la Route du Rhum, c’était le Graal. Mais ça, c’est encore une autre échelle. Fabriquer une cathédrale dans sa vie, c’est important. Je me vois bien aller montrer la tour Eiffel et la cathédrale à mes petits-enfants. C’est quelque chose qui va rester. Un bateau de course, ce n’est pas pareil », lâche-t-il. Multiplast aimerait ne pas s’arrêter en si bon chemin. L’entreprise est candidate pour reconstruire la structure de la flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris. « Le composite serait tellement logique plutôt que d’énormes morceaux de bois », rêve Yann Penfornis.