Evasion

Saint-Pétersbourg

Au confluent des Russie

Si proche, et pourtant si loin. Ouverte sur l’Europe, l’ancienne capitale des tsars n’a aujourd’hui rien perdu de son éclat. Les régimes politiques qui se sont succédé ont en permanence cherché à conserver l’allant de ce qui est l’une des plus belles vitrines de la Russie. Même aux premiers temps du communisme, les palais ont été conservés, entretenus. Après la Seconde Guerre mondiale, c’est sous Staline qu’a commencé la restauration du palais d’été, en partie détruit par les nazis.

Saint-Pétersbourg, autrefois Pétrograd, autrefois Leningrad, est aujourd’hui une mégapole de plus de cinq millions d’habitants. On y croise des touristes du monde entier, les grandes enseignes internationales, l’histoire à chaque coin de rue, mais aussi des retraités qui vendent quelques patates et trois conserves, pour essayer de gagner un peu d’argent. L’ancienne capitale n’a pas encore été touchée par la gentrification qui s’est répandue en Europe dans toutes les métropoles, avec tous ces petits commerces tendance. Si proche, et pourtant si loin, derrière les façades impeccables, on devine, dans les arrière-cours, la réalité d’une Russie pleine de contradictions. Un voyage inoubliable.

L’Ermitage

Il faut plutôt parler DES palais de l’Ermitage. Le long de la Neva, leurs façades s’étirent sur des kilomètres, et se poursuivent à l’intérieur de la ville. Les collections présentées ici sont étourdissantes. Les plus grands noms de la peinture, Titien, Vinci, Rembrandt, mais aussi Monet, Renoir, Matisse ou Soulages, ornent les galeries sans fin. Les collections rassemblées ici après la révolution de 1917 sont celles de la famille impériale, et de toutes les familles de l’aristocratie. Les immenses bâtiments ne suffisent pas à tout présenter. Aujourd’hui, même les immenses réserves sont ouvertes à la visite. Les bâtiments sont dans un état de conservation étonnant, et permettent de se rendre compte du faste de cette cour. Les collections sont tellement diverses qu’il vaut mieux préparer sa visite en se concentrant sur quelques points. Ou revenir. Et revenir encore.

La fin de Raspoutine au palais Ioussoupov

Un saint ou un gros dégueulasse ? Ce prêcheur orthodoxe a divisé la Russie. Proche de la famille du tsar et de son jeune héritier, dont il était le seul à pouvoir soulager les maux – il souffrait d’hémophilie – son influence sur la famille impériale ne plaisait pas du tout à l’aristocratie. Il était contre l’engagement de la Russie dans la Première Guerre mondiale. Proche d’une doctrine qui assurait que le péché rapprochait de Dieu, on lui prête de nombreuses aventures, des beuveries et des orgies avec les personnes de la meilleure condition. Ce paysan prédicateur a été maladroitement assassiné dans un sous-sol du palais Ioussoupov, l’une des plus éminentes familles de Russie. Après avoir été empoisonné sans effet, puis touché d’une balle dans la poitrine, il est parvenu à s’échapper avant d’être abattu dans la cour de deux balles. Son corps a été jeté dans une rivière glacée, où il sera retrouvé immédiatement. Curieusement, le corps de Raspoutine a été incinéré. Seul son sexe (29 cm) a été préservé et est aujourd’hui présenté dans une clinique d’urologie de la ville. Avant de mourir, il avait fait une incroyable prédiction à l’impératrice : « Je mourrai dans des souffrances atroces. Après ma mort, mon corps n’aura point de repos. Puis tu perdras ta couronne. Toi et ton fils, vous serez massacrés, ainsi que toute la famille. Après, le déluge terrible passera sur la Russie. Et elle tombera entre les mains du Diable ». Raspoutine est mort le 30 décembre 1916. Il n’a pas été enterré. La monarchie russe a été abolie le 1er septembre 1917, et la famille assassinée le 17 juillet 1918.

 

La scène de son assassinat a été recréée dans le palais Ioussoupov. Attention : elle n’est accessible que lors des visites de groupes.

Le palais Ioussoupov en lui-même permet de comprendre la fortune extrême de certaines familles aristocratiques, en passant par les salles de bal et de réception, ou par le théâtre miniature où même le tsar venait s’essayer à la comédie.

La Russie orthodoxe

Après la chute du régime communiste, les églises ont peu à peu été rendues au culte. Les coupoles des églises et des cathédrales ont retrouvé leur éclat, après avoir parfois été reléguées au rang de simples entrepôts, comme la cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé, bâtie à l’endroit exact où Alexandre II fut assassiné. La portion de route où s’est écroulé le tsar est toujours visible, ceinte de mosaïques. Mi-janvier, on peut assister à l’incroyable dévotion des croyants, qui vont se plonger dans la Neva glacée pour célébrer le baptême du Christ sous l’œil des caméras. Une cérémonie qui a lieu tout à côté du tombeau des Romanov où le mystère – entretenu par l’Église – plane encore sur le fait de savoir si toute la famille impériale a été assassinée en 1918, ou si certains en ont réchappé. Partout, ce jour-là, les églises sont pleines, l’encens brûle, et on se presse pour récupérer de l’eau bénite par litres dans un climat de ferveur incroyable.

 

Quand y aller ?

En été, les bateaux circulent sur les canaux et les rivières. Les parcs apportent un peu de fraîcheur. Un moment formidable, sous le soleil de minuit, qu’il faut partager avec un flot d’autres visiteurs. La foule rend certaines visites compliquées. En hiver, après le Noël orthodoxe, la neige et la glace enserrent la ville. Les touristes se sont en grande partie évaporés. Mais les journées sont courtes.

 

Où dormir ?

Les hôtels sont légion, mais on peut s’offrir une ou plusieurs nuits dans un endroit qui est à la fois un hôtel et un monument historique : le Grand Hôtel Europe. C’est l’un des plus anciens palaces d’Europe. Il a ouvert ses portes en 1875 sur Nevsky Prospekt, l’équivalent des Champs-Élysées de la capitale de l’empire. Tchaïkovski a passé sa lune de miel ici, Raspoutine y a dîné, tout comme Élisabeth II. La salle de restaurant, inchangée, accueille chaque semaine des dîners de gala avec musiciens, chanteurs et couples de danseurs. Bar à caviar sous un gigantesque toit de verre, bar à cocktails… On croise ici l’élite de la société russe actuelle.

 

On ramène quoi ?

Bien sûr, il y a le caviar – que l’on peut même trouver sur le marché – ou la vodka. Une belle découverte également : les vins russes ou géorgiens. On trouve également (à tous les prix) de magnifiques matriochkas peintes à la main dans les environs de Moscou, et même des matriochkas à peindre, ce qui occupera les enfants.

Ce reportage a été réalisé avec la complicité des Carnets de Magellan, une agence de voyage indépendante qui propose des voyages sur-mesure uniquement dans les régions connues et reconnues par ses dirigeants.

www.lescarnetsdemagellan.fr

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