Culture

Rock !

Une histoire nantaise

Quand on lui a proposé de faire rentrer le rock par la grande porte au château, Laurent Charliot, l’inlassable historien du rock nantais, a peut-être été surpris, mais il n’a pas hésité longtemps. “Pour moi, le château, c’est l’endroit où j’allais gamin pour voir la coiffe d’Anne de Bretagne, s’amuse le commissaire de l’exposition. Mais on m’a expliqué que la mission, ici, c’était de mettre en avant le patrimoine. Tous les patrimoines”. Et pour lui, pas de doute, le rock fait partie du patrimoine immatériel de la ville. L’expo commence gentiment au temps des défricheurs et des toutes premières guitares électriques, puis s’étale dans le temps, sans refaire l’histoire. Nantes n’a pas toujours été l’une des villes les plus dynamiques de France (d’Europe?) en matière de musiques actuelles. “Dans les années 80, tout se passait à Rennes. J’y étais deux ou trois soirs par semaine”, se souvient Laurent Charliot. C’était le temps des chapelles. “À l’époque, moi, j’étais “newaveux”, et je me faisais cracher dessus par les “hardrockeux”. 

Orchestre Henri VanHuffel et les Roller Skating

Dix ans plus tard, je buvais du muscadet avec eux. Très rapidement, à Nantes, peut-être plus rapidement qu’ailleurs, on s’est mélangé. On s’est parlé parce qu’on allait tous acheter nos instruments chez Michenaud, parce qu’on allait tous chez les mêmes disquaires”. Dans le même temps, naît Trempolino, l’association qui aide les jeunes musiciens à se lancer. Le beurre blanc réussit à prendre, avec le temps. “Aucun projecteur n’était braqué sur nous dans les années 80. Pourtant, Dolly, les Elmer, Dominique A, étaient déjà là. Ils ont tous explosé dans les années 90, parce qu’on nous a laissé tranquille. On nous a laissé le temps”.

Rock Against Chauty
POUPET 2013

 

 

 

Et depuis, la machine à succès nantaise est réglée comme du papier à musique. “Depuis Elmer, il ne s’est pas passé un an sans qu’un groupe ou une chanteuse ou un chanteur nantais soit au top. Il y a eu Cherhal, Elephanz, C2C, Madeon…”, détaille-t-il. Un miracle qui tient beaucoup à une solidarité devenue aujourd’hui instinctive. “Ils travaillent ensemble, ils se sont tous vachement aidés, ils se sont donnés des plans. Réussir en restant à Nantes, il y a vingt ans, ce n’était pas possible. Aujourd’hui, c’est le cas. Tous me le disent: ils ne veulent pas bouger. C’est d’ailleurs pour ça qu’aujourd’hui, un magazine comme les Inrocks a les deux yeux sur Nantes. Ils ne veulent rien louper”.

 

“Rock! Une histoire nantaise”, le livre
Laurent Charliot a remis le couvert, 15 ans après son premier ouvrage, “La fabuleuse histoire du rock nantais”. Il a repotassé son immense matière. Peut-être moins exhaustive, cette somme fait la part belle aux histoires, aux photos et aux disques. Surtout, le livre ne laisse rien de côté: la toute dernière génération y est parfaitement représentée.

 

L’expo de l’année
Originale et pertinente. La muséographie emporte le visiteur d’une chambre des années 50 à celle – reconstituée à l’identique – de Dominique A, en passant par le mythique disquaire Fuzz, ou encore la loge de Philippe Katerine, dans une plongée au cœur de l’histoire du rock nantais. À chaque instant, on peut écouter la musique de l’époque visitée. Un système génial, qui consiste à coller un gobelet de concert en plastique sur une endroit dédié permet de faire résonner les notes, et évite à chacun de s’enfermer sous un casque. Belle, intéressante, ludique – on peut jouer sur de vrais instruments – l’expo vaut le détour. Tous les musiciens et chanteurs nantais ont joué le jeu et prêté qui une guitare, qui une Victoire de la musique. À voir et à revoir.

 

 

 

“Rock ! Une histoire nantaise”
Jusqu’au 10 novembre 2019, au château des ducs de Bretagne / Site internet 

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