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« On n’ose pas dire les choses »

« Lola et ses frères », c’est le quatrième film de Jean-Paul Rouve. Un regard sur une fratrie, deux frères et une sœur, imaginée avec l’écrivain David Foenkinos. Jean-Jacques Lester a rencontré le réalisateur pour Action – Le Mag Ciné, sur France Bleu Loire Océan, à l’occasion de l’avant-première à l’UGC Ciné Cité Atlantis de Saint-Herblain.

C’est l’histoire de deux grands frères et d’une petite sœur, une comédie de la vie avec un peu de piment et beaucoup d’émotions. Ils ont une habitude un peu particulière…

Les parents ne sont plus là, et tous les mois, ils ont un rituel : se retrouver devant leur tombe. Ce n’est pas du tout triste. C’est un peu comme on se retrouve le dimanche devant le gigot. Ça leur permet de se dire les choses, en fait. Ils utilisent ce moment-là pour se parler, pour pouvoir même s’engueuler. Il y a d’ailleurs, dans le film, une personne dans le cimetière qui dit : « Vous ne venez ici que pour que vous engueuler ». C’est leur moment de retrouvailles, et c’est une façon quand même de parler aux parents.

On a l’impression que même si on se voit une fois par mois devant la tombe des parents, on ne se dit pas vraiment les choses…
Je crois que la majorité des gens vont se reconnaître dans ce que je dis : on n’ose pas dire les choses. Les non-dits dans les familles sont constants. On utilise des périphrases. On voulait parler de tous ces non-dits qui provoquent quelques fois des drames, et parfois des situations drôles. Ce n’est pas forcément grave. Ça fait partie de la vie et des comportements humains. Même dans le travail ou dans l’amitié, le non-dit est permanent.

Plus la chose est importante et moins elle est dite…
Oui, parce que quand ce sont des choses importantes qui concernent, par exemple, la vie très privée comme le désir d’enfant, si les choses ne sont pas dites, c’est par pudeur. Les gens, ce n’est pas qu’ils n’ont pas envie d’en parler, c’est qu’ils n’osent pas. Ils ont peur du jugement, de plein de choses.

C’est la seconde fois que vous travaillez avec votre co-auteur, David Foenkinos. La première fois, vous aviez adapté un de ses livres, et cette fois-ci c’est une histoire cousue juste pour vous…
Nous avions adapté ensemble ce qui est devenu mon film, « Les souvenirs ». On s’est tellement bien entendu qu’on a décidé de repartir tout de suite. Le film précédent n’était pas encore sorti que nous avions ce projet, et nous avons écrit ce scénario tous les deux. Ce qui nous intéressait, c’était les relations humaines et la relation frères-sœur. C’est un sujet qui est intéressant pour parler de l’être humain, des non-dits, de la jalousie et du temps qui passe. Ce sont des sujets qui nous passionnent avec David.

Il y a aussi dans ce film l’histoire d’un coup de foudre… Vous y croyez ?

Bah oui, heureusement qu’il y a des coups de foudre dans la vie ! Mais s’il y en avait trop, ce ne serait plus intéressant, c’est comme une mine de diamants. Le cinéma, c’est aussi pour regarder la vie avec un prisme, pour faire rêver et pousser les sentiments.

L’un des protagonistes de ce coup de foudre, c’est Ramzy Bedia. Il est dans un rôle un peu différent de son registre habituel, ici.
Ramzy, ça fait vingt ans que je le connais. Je sais qu’il a ça en lui. Je connais l’homme privé, qui n’est pas à la télé et qui ne fait pas le con. Même si c’est aussi une partie de lui de faire l’idiot. Mais il y a une part de lui qu’on ne montre jamais, et c’est ce que je lui ai dit en lui proposant le rôle. Le Ramzy que je connais, qui est touchant et qui est séduisant. Quelqu’un qui a une grande culture, une grande intelligence et une grande profondeur.

 

« Lola et ses frères »
Film sorti le 28 novembre 

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