Interview

Le temps d’un thé

avec Julia Kerninon

Le rendez-vous est fixé à 11 heures au Lieu Unique. Un endroit qui fait sens : à la fois bar et librairie, le LU est également évoqué dans son dernier ouvrage. Mais finalement, Julia Kerninon préfère qu’on passe chez elle, à quelques centaines de mètres de là. « Ça m’arrangerait », écrit-elle par SMS, quelques minutes avant notre rencontre. En discutant avec la jeune écrivain – ou peut-être préférerait-elle qu’on dise écrivaine, mais on ne lui a pas posé la question – on comprend mieux pourquoi : elle est très très occupée. Aussi brune qu’enceinte, bien que ce dernier état soit moins permanent, elle bouge vite dans son appartement lumineux qui regarde le centre-ville de Nantes, et se prête volontiers au jeu de la photographie, nichée dans son tout récent fauteuil jaune. Elle vient de terminer sa thèse, prépare le cours qu’elle va donner à l’Université Permanente et surtout, elle écrit. « C’est particulier, comme mode de vie. Il faut que je finisse un bouquin avant la fin de semaine », lance-t-elle.

« Ce que j’aime, ce n’est pas écrire, c’est écrire des livres »

Cette activité, l’écriture, elle a décidé d’y consacrer le maximum de son temps. « C’est très difficile, matériellement, de trouver du temps pour ne faire qu’écrire. Je me suis dit que je me donnais un an entier pour ne faire que ça. Je l’ai fait à 20 ans, et je le fais à 30 ». « Buvard », le livre qu’elle a écrit à 20 ans pendant un long séjour à Budapest, a raflé quelques prix et lui a surtout ouvert les portes du Rouergue, sa maison d’édition. Et pour elle, c’est fondamental. « Ce que j’aime, ce n’est pas écrire, c’est écrire des livres, souligne-t-elle. J’ai envie d’écrire des livres et qu’ils existent tous, qu’ils aillent là où vont les livres, dans les librairies et les bibliothèques. C’est la différence entre écrire un livre et écrire un texte ». Julia Kerninon nous raconte ce besoin viscéral avec des mots soigneusement choisis et une intensité qui fait écho à celle de son dernier ouvrage, « Une activité respectable », paru début 2017. Ce livre autobiographique raconte la genèse de cette vie qu’elle veut littéraire. « J’avais envie de chanter un peu mon attachement à la littérature. J’ai voulu élaborer un récit qui m’intéressait et qui disait comment les choses de mon enfance ont fini par m’emmener là, à 30 ans, à la fin d’une décennie de travail et de doute ». L’histoire d’une personne qui finit par avoir la vie qu’elle veut. « La question que je me posais, c’était de savoir comment j’allais survivre si personne ne voulait publier mes trucs ». Cette angoisse semble aujourd’hui apaisée. « Ce que je voulais, c’est avoir assez de temps pour aimer qui je voudrais et avoir une table en bois pour écrire le matin, explique-t-elle en laissant glisser son regard sur ladite table. « Maintenant, il faut que je trouve ce que je veux pour les années d’après ». Pour l’instant, elle se consacre à son prochain livre (« trois cent cinquante pages, une très grosse machine »), et dont elle s’apprête à donner les trois cents premières à son éditrice. Il sortira lors de la rentrée littéraire de 2018, ce qui la rend plutôt heureuse. « La première rentrée littéraire où je n’étais pas, après « Buvard », j’étais super frustrée. J’avais l’impression d’avoir raté l’école ».

 

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