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Le cercle du matrimoine, des professionnelles se mobilisent pour sensibiliser gratuitement

Longtemps tenues à l’écart des décisions financières, les femmes sont aujourd’hui nombreuses à chercher des repères.
À Nantes, le Cercle du matrimoine répond présent : une équipe de professionnelles propose des ateliers gratuits pour aider chacune à reprendre la main sur son patrimoine, ses choix, son avenir.

À Nantes, le Cercle du matrimoine propose des réunions gratuites d’information à destination des femmes. Nina Moisan, conseil en gestion de patrimoine, Pascale Desal, conseil en immobilier, Sophie Lefeuvre, avocate en droit des affaires et des sociétés inscrite au barreau de Nantes, ainsi que Léa Monchieri, conseil en gestion de patrimoine junior, proposent depuis 2024 des ateliers qui ont déjà réuni plus d’une centaine de participantes.

« Ces rendez-vous sont nés de constats que nous avons pu poser l’une et l’autre lors de rendez-vous, racontent Nina Moisan et Pascale Desal. Nous avons remarqué que les femmes sont en position de vulnérabilité sur les sujets liés au patrimoine. » C’est souvent à l’occasion d’une rupture, d’un changement de vie ou de l’arrivée en retraite que les femmes prennent conscience de leur situation.

« Elles se rendent compte que si elles avaient pris d’autres décisions en amont, elles ne seraient pas dans une situation délicate dix ans plus tard, explique Pascale Desal. C’est souvent par manque d’information ou par un manque d’envie de s’intéresser à ces sujets. »

« Le patrimoine ou les finances, c’est le sujet des hommes, pointe Nina Moisan. Ce sont eux qui prennent les décisions. Pendant les rendez-vous de suivi, les femmes prennent peu la parole. »

« C’est le sexisme le problème, pas la maternité. »

Les ateliers sont ouverts à toutes les femmes, des étudiantes aux retraitées, quelle que soit leur épargne.

En ce jeudi de novembre, alors que les températures baissent, elles sont une petite dizaine de femmes âgées d’une vingtaine à une cinquantaine d’années à s’être rassemblées pour ce douzième atelier.

Venues par bouche-à-oreille, elles encaissent les chiffres des disparités hommes-femmes avec de plus en plus d’étonnement : les écarts sont plus importants souvent qu’on ne l’imagine.

« Il faut travailler ! s’exclame une participante à l’issue de la présentation. Le congé parental pour les femmes est une trappe à pauvreté. »

« Tout dépend de la manière dont les choses ont été discutées et choisies au sein du couple, tempère Nina Moisan. C’est le sexisme le problème, pas la maternité. Nous ne sommes pas là pour promouvoir un modèle plutôt qu’un autre. »

On peut avoir la fibre maternelle, rester à la maison, voir son travail gratuit reconnu et valorisé à l’intérieur du foyer. « C’est une problématique que j’ai pu rencontrer », rapporte une participante, courtière en crédit.

Elle raconte le cas où le mari veut prendre une assurance du prêt immobilier de la maison de famille à 100 % « parce que c’est moi qui travaille » et propose de minorer l’assurance de la femme. « Je leur posais la question : “ si votre femme n’était plus là, est-ce que vous pourriez travailler autant ? ” S’il se retrouve seul avec les enfants demain, il fait comment ? Ça permet de donner une valeur au travail des femmes ! »

« Le couple appauvrit la femme. »

« L’activité du conjoint ou du mari peut aussi avoir un impact et engager le patrimoine du couple, prévient l’avocate Sophie Lefeuvre. Il faut avoir conscience des risques pris. »

« C’est un atelier de sensibilisation militant : on touche des femmes qu’on n’aurait pas comme cliente », assurent les organisatrices. L’assistance est 100 % féminine. « Il y a moins de jugement, on est plus à l’aise », souligne une participante.

« Certaines nous demandent ensuite d’organiser des consultations en couple, ça peut être un élément déclencheur », abonde Nina Moisan.

Un atelier qui permet de poser des bases, donner quelques clés qui permettront plus tard de verrouiller ou déverrouiller une situation.

« Le choix d’un régime matrimonial peut avoir un impact énorme sur leur patrimoine. On fait des choix parfois sans s’en rendre compte », assure Pascale Desal.

« On sait aujourd’hui que le couple appauvrit la femme : entre un homme et une femme célibataire il y a 9 % d’écart de revenu. En couple l’écart avoisine les 40 % », complète Nina Moisan.

Des écarts qui s’expliquent très bien : la femme prend un congé parental, un travail à temps partiel, cela représente moins de salaire, moins de cotisations et finalement moins de retraite.

« On a le droit de faire ce qu’on veut, d’arrêter de travailler ou travailler moins, mais ce qu’il faut savoir c’est qu’il existe des cadres adaptés à chaque situation et qu’il faut se poser les bonnes questions. Les femmes doivent être actrices dans la gestion de leur matrimoine. »

 

Entreprendre au féminin : un chemin encore semé d’obstacles

Les femmes restent très minoritaires dans l’aventure entrepreneuriale, souvent cantonnées à quelques secteurs. Pourquoi ? Éléments de réponse par Anaïs Foucher, experte-comptable et dirigeante d’Orcom Nantes.

Parmi les quatre cent trente dossiers d’entreprises qu’Anaïs Foucher, experte- comptable, a accompagnés ces dernières années, un chiffre la frappe toujours : seuls quarante-cinq concernent des femmes.

À peine 10 %. Surtout, l’activité des femmes cheffes d’entreprise est concentrée sur quelques secteurs : coiffure, soins infirmiers, prêt-à-porter, bijoux…

« En réalité, les femmes ne sont pas si nombreuses, et leurs activités sont rarement celles que l’on voit chez les hommes », constate la dirigeante de l’antenne Orcom à Nantes.

Les femmes peuvent être cadres supérieures, ingénieures, mais rarement encore dirigeantes.

Pourquoi ? Le salariat apparaît comme un gage de sécurité. « Tant que les femmes n’ont pas passé certains caps personnels, elles restent dans une forme de prudence », observe-t-elle. La prudence c’est par exemple de pouvoir accéder à un congé maternité, ce qui est plus complexe en tant qu’indépendante ou cheffe d’entreprise.

Même les stratégies d’investissement diffèrent. Sur le marché du LMNP, pour les loueurs en meublés non professionnels, qui permet aux investisseurs de bénéficier de réduction d’impôts, par exemple, Anaïs Foucher n’a « jamais vu une femme célibataire se lancer ».

« Cela veut dire que même au niveau de la diversification de son patrimoine ou de la projection sur des investissements pour l’avenir, il existe une différence », analyse-t-elle.

De fait, les écarts de revenus et d’épargne pèsent : investir ou diversifier suppose une capacité financière que les femmes ont moins souvent.

À cela s’ajoute un facteur déterminant : la confiance. « Ce n’est pas qu’une question d’audace. Pour diriger, il faut une certaine assurance, et beaucoup de femmes en manquent encore. » Peut-être faut-il plus d’exemples à suivre ?

Dans son rôle, Orcom conseille hommes et femmes de la même manière concernant la stratégie, la prévoyance ou la structure juridique. Mais le constat sociologique demeure : l’écosystème entrepreneurial reste très masculin, même si la profession comptable, elle, se rajeunit et se féminise peu à peu.

Le parcours d’Anaïs Foucher illustre cette évolution. Issue d’une filière scientifique puis d’un cursus GEA, elle n’était « pas du tout du milieu ».

En début de carrière, dans un petit cabinet où elle gérait un site entier, on la prenait parfois pour une simple secrétaire comptable. « La légitimité, il faut la gagner », sourit-elle.

Aujourd’hui, si elle avance sereinement, c’est aussi parce que son conjoint assume pleinement la charge familiale — une inversion des rôles encore trop rare, mais qui change tout.