DAVID ABIKER

L'homme moderne

Portrait

« Le Musée de l’homme », sous-titré « Le fabuleux déclin de l’empire masculin », a dix ans. Cet ouvrage, écrit par David Abiker, est sorti la même année que « Le Premier Sexe » d’Éric Zemmour. Et c’est bien leur seul point commun : quand le personnage du premier, tétanisé par l’amour et la nouveauté, se noie de son plein gré dans une vie de famille où les tâches se partagent, le second dénonce non pas la féminisation, mais pire encore : la dévirilisation de la société. Dix ans après, nous avons voulu rencontrer David Abiker, journaliste et présentateur de « C’est arrivé cette semaine » et « C’est arrivé demain » sur Europe 1, intervieweur pour Marie Claire, et chroniqueur dans l’émission « Ça balance à  Paris » sur Paris Première, pour faire un petit point sur cet homme du XXIème siècle décidément bien difficile à  cerner. On en a aussi profité pour parler du golfe du Morbihan dont il est amoureux depuis vingt ans. Parce qu’il faut bien le dire : si les états d’âme passent, l’amour de la mer, lui, reste.

Dans « Le Musée de l’Homme », vous décriviez un être quelque peu dépassé, écrasé par sa moitié, à  la limite de la soumission, qui ne s’appartenait plus… À l’époque, vous aviez opté pour le ton de l’humour. Parce qu’il n’y avait pas de quoi dramatiser ?

Si ce n’avait pas été une comédie, ça aurait pu donner « Le Premier Sexe » d’Éric Zemmour, qui a défrayé la chronique. C’est tout ce que je ne voulais pas. En lisant mon livre, les nanas se sont marrées. Il faut faire très attention avec ce côté « les hommes sont désorientés ». C’est très compliqué de tordre tout un tas de généralités pour n’en rien faire. C’est consensuel, finalement, comme ce cliché de l’homme résigné qui passe tous ses samedis matins au parc avec ses enfants.

Dix ans après, celui que vous racontiez est-il toujours le même homme ?

C’est une question d’état d’esprit. À l’époque, j’étais débordé : jeune marié, jeune père, tout était neuf, et c’est précisément le regard du novice qui faisait l’humour du livre. J’écrivais la nuit, je me marrais, c’était un plaisir absolu, l’inconscience de quand on a trente ans. Maintenant, je suis trop angoissé par les soucis, le matériel, le fric. Ce livre, c’est un souvenir, comme celui de mes filles. Elles avaient trois et six ans à  l’époque. Ces petites filles n’existent plus, sauf dans ma mémoire. Aujourd’hui, je n’écrirais pas le même livre.

Depuis, vous avez d’ailleurs écrit une chronique décapante pointant l’inintérêt des blogs de papa… Là , c’est vous qui avez fait polémique !

C’est horrible, mais je l’ai fait un peu exprès. Je voulais parler de cette société de la nurserie où les papas se mettent à  bloguer comme les mères blogueuses. L’intérêt m’échappe. Je me suis un peu moqué d’eux et j’étais sûr de faire mouche et de passer pour le grand Satan.

Et vous, vous considérez-vous comme féministe ?

Je dirais que j’ai plutôt des engagements, des préoccupations. Pour le reste, je n’en sais rien. Les familles féministes sont très nombreuses, du gars qui s’intéresse aux femmes qui bossent comme je le fais dans Marie Claire aux « féministes encartés ». Il y a toujours quelqu’un pour qui tu n’es pas féministe.

Et cela vous touche si on vous dit que, au fond, vous n’êtes pas vraiment féministe ?

(Silence). Non. Un féministe, c’est quelqu’un qui n’a pas peur des femmes. J’ai longtemps été très timide, mais je n’ai jamais eu peur des femmes. Elles m’ont fait confiance, m’ont fait travailler, m’ont poussé. Il faut dire ce que l’on doit à  l’autre genre. Je n’en ferais pas une bannière, mais cela étant dit, j’ai une tante qui était présidente du planning familial de Paris, et qui m’a beaucoup appris. J’ai pour elle beaucoup de respect.

Vous écrivez dans Marie Claire, mais aussi dans GQ. C’est un peu le grand écart ?

Le livre m’a ouvert plusieurs portes. En fait, « Le Musée de l’homme » est en partie tiré de chroniques qui avaient été éditées dans feu Men’s Health. Il est donc né dans un magazine masculin et s’est prolongé dans Marie Claire jusqu’à  l’année dernière. Les choses évoluent dans le temps. Ça passe tellement vite…

Justement, le temps, vous le prenez sur Europe 1 dans « C’est arrivé cette semaine » et « C’est arrivé demain », le samedi et le dimanche. Une émission créée par Dominique Souchier il y a vingt ans, et que vous animez depuis trois ans… 

C’est un peu une émission d’artisans. On a un peu de temps pour la préparer avec Sarah Cruse, mon associée dans cette affaire-là . La question que l’on se pose systématiquement, c’est : « qu’est-ce qu’on va apporter dans ce pas de côté par rapport à  l’actualité ? ». Il y a huit invités dans ces émissions. Il ne faut pas les avoir entendus avant, qu’ils soient « essorés » par la promo ou l’actualité. Je viens par exemple de recevoir Lily-Rose Depp en exclusivité pour la sortie du film « La Danseuse », le premier long-métrage de Stéphanie Di Giusto… Cet exercice, c’est magique !

Et le golfe, vous trouvez le temps de vous y rendre ?

Oui, une fois par mois. J’attends avec impatience le TGV Paris/Rennes en 1h30 ! Je viens ici depuis 1994, depuis que mes parents se sont installés à  Arradon. J’ai dans mon album de famille des photos de mes filles prises ici par mon père. C’est là  qu’est la maison où ma mère vit tranquille. Mes parents se sont enracinés ici. Mon père, Gabriel Abiker [décédé en 2014, NDLR], y a créé l’association 5 à  7 musical, qui met en avant de jeunes musiciens talentueux. Ma maman, Caroline Roussel, est peintre brodeuse, elle expose souvent dans la région.

Qu’aimez-vous ici ?

J’adore les sentiers côtiers, j’ai mes habitudes dans une crêperie de Port Blanc, à  côté de l’embarcadère pour l’àŽle aux Moines. Ce n’est pas un endroit hyper construit, il se mérite, il faut connaître. Vannes est une ville merveilleuse, un territoire de culture. J’ai ici tellement de souvenirs. Quand je n’y viens pas, ça me manque un peu.

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