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Croire en sa chance

Croire en sa chance

Certains ont l’impression d’être nés sous une bonne étoile. D’autres se sentent poursuivis par la malchance. Pourtant, être au bon endroit au bon moment ne relève pas uniquement du hasard.

En cette rentrée marquée par le dérèglement climatique, la crise économique et les tensions géopolitiques, il peut sembler difficile de croire en sa bonne fortune. Et pourtant, c’est peut-être précisément le moment de faire confiance à sa chance. Non pas en attendant un miracle, mais en choisissant d’adopter une posture active : celle qui consiste à repérer et à saisir les opportunités, même dans l’adversité. Être chanceux ne signifie pas simplement avoir de la veine : c’est avant tout une manière de regarder le monde. Le psychologue Philippe Gabilliet, auteur de Éloge de la chance – Apprendre à saisir les opportunités de la vie, l’explique ainsi : « Ce que nous appelons la chance ne peut être considéré comme quelque chose d’extérieur à nous. Elle est une manière d’attendre, d’aborder puis de réagir aux hasards heureux – et souvent malheureux – de la vie. »

Voir le verre à moitié plein

Comme le dit la célèbre publicité du Loto : « 100 % des gagnants ont tenté leur chance ! » On ne peut croiser d’occasions favorables si l’on se méfie de tout, si l’on reste sur la touche, si l’on n’ose rien entreprendre. Philippe Gabilliet le confirme : « La première étape pour déclencher les mécanismes de la chance, c’est de croire qu’elle est possible. » De son côté, le psychologue britannique Richard Wiseman, auteur de Notre capital chance, a étudié de près la psychologie des chanceux. Selon lui, « les personnes chanceuses créent des opportunités, y répondent activement et en tirent parti. Elles sont ouvertes aux autres, font confiance à leur intuition et persistent, même lorsque les chances de réussite sont minces. » La bonne nouvelle ? Cette disposition d’esprit n’est pas innée. Elle s’acquiert. Et cela commence par un regard plus optimiste sur les événements, même les plus incertains.

Donner du sens aux hasards

« Personne n’est né sous une mauvaise étoile. Il y a juste des gens qui ne savent pas lire le ciel », observe le dalaï-lama. Pour accueillir la chance, encore faut- il être attentif, disponible, à l’écoute de ce qui se passe autour de soi. C’est ainsi que l’on perçoit ces signes, ces événements décisifs que d’autres ne voient pas.

Les Anciens parlaient du kairos, ce moment opportun où tout peut basculer. Le psychanalyste Carl Gustav Jung, lui, évoquait la synchronicité : ces coïncidences apparemment sans lien, mais qui prennent tout leur sens pour celui qui les vit. Mais pour que ces hasards deviennent des tremplins, encore faut-il avoir un cap. Sans projet, la chance reste inexploitée. Philippe Gabilliet résume : « Avoir de la chance, c’est bien. Mais pour en faire quoi ? La chance a besoin d’une base qui la soutienne. Elle ne peut se concrétiser que si elle s’inscrit dans une direction : un projet, un but, un rêve ou un désir. »

Superstitions, intuition et solidarité

L’idée de chance, ou de malchance, peut être aussi pesante que libératrice. Elle suggère que nous ne contrôlons pas tout, ce qui peut être angoissant… mais aussi rassurant. En relâchant notre illusion de maîtrise, nous nous déchargeons parfois du poids de la culpabilité. Dans ce contexte, gris-gris, chats noirs et vendredis 13 prennent une fonction symbolique : ils nous aident à apprivoiser l’incertitude, à donner du sens à ce que nous ne comprenons pas. Ce n’est sans doute pas un hasard si, au moment d’un penalty décisif, certains footballeurs surentraînés font un signe de croix ou embrassent un porte-bonheur.

Mais au-delà des superstitions, Philippe Gabilliet nous rappelle une vérité essentielle : « Le meilleur moyen d’attirer la chance, c’est peut-être d’en devenir une pour les autres. » Car c’est souvent dans l’élan collectif, dans l’entraide et la solidarité, que les conditions les plus propices émergent. Un esprit d’équipe, une énergie partagée… Et parfois, ce supplément d’âme qui mène une équipe vers la victoire – souvenez-vous en 1998 ou en 2018. Donner de la chance, c’est aussi en recevoir.