Vendée Globe :

une course en solitaire… et sans femme

Point de vue

Ils étaient 29 marins au départ. Des hommes, des vrais, à  la peau tannée par le sel, le soleil et l’absence de crème de jour. Des mecs affûtés du genre à  couper le manche de leur brosse à  dent pour gagner 10g et à  ne serrer la main à  personne trois jours avant le coup de canon histoire de ne pas embarquer de microbes. Des mecs focus, quoi, prêts à  tout pour gagner ce tour du monde à  la voile sans escale, sans assistance et… sans femme. Pour cette édition de la course hauturière la plus exigeante du monde, il manque en effet juste la moitié de l’humanité. Voici pourquoi.

A quelques jours du départ, les équipes s’affairent à  embarquer la nourriture. Le reste est à  bord depuis longtemps. Les skippers, eux, se partagent entre la préparation de leur course, l’étude des cartes météo, les derniers câlins avec madame et leurs obligations vis à  vis des sponsors. Le héros s’arrache, les séances de dédicaces se succèdent. On essaie en vain d’apercevoir la forme d’un sein sous les vestes de quart logotées de frais. Cette année, la mer est plus que jamais une affaire d’homme.

Si on est très honnête, on se rend compte que cela a toujours été le cas. Depuis le premier Vendée Globe, si joliment surnommé l’Everest des mers, seules sept femmes ont pris le départ et pas une seule n’est arrivée la première au sommet de la montagne. Sept, ça représente un peu plus d’une concurrente par édition. A ce niveau, on ne va pas se priver de les citer, ce n’est pas ça qui prend de la place. Il y a eu Catherine Chabaud, Isabelle Autissier, Anne Liardet, Ellen MacArthur, Karen Leibovici, Dee Caffari et Samantha Davies.

Sam Davies, on l’aperçoit finalement sur un ponton. Elle vient baptiser le navire de son compagnon, Romain Attanasio, qui part sur le bateau construit en son temps par Catherine Chabaud. Elle est tout sourire avec leur fils sur le pont pour assister à  la cérémonie. Juré, craché, elle ne regrette pas de ne pas être au départ. « On sera là  en 2020, assure-t-elle au nom de toutes les navigatrices. Je sais qu’il y a d’autres femmes qui naviguent très bien, qui sont aujourd’hui en classe « Mini » ou « Figaro ». On fera peut-être un record de participation féminine la prochaine fois. » Voilà . Positive attitude très pro. « Oui, c’est vrai que sept concurrentes au départ depuis le début du Vendée Globe, ce n’est pas beaucoup, concède-t-elle quand on la relance en insistant un peu. Mais c’est un sport plus masculin. C’est quelque chose que l’on essaie de changer avec les femmes avec qui je navigue à  haut niveau. Il faut créer les fenêtres et les opportunités. On essaie d’ouvrir les portes pour la suite. »

Les portes, Arnaud Boissière a réussi à  les ouvrir. Le marin aux yeux bleus, au caractère aussi trempé que chaleureux participe à  son 3à¨me Vendée Globe. « On dit que pour une femme, c’est plus facile de trouver des partenaires mais ce n’est pas si sûr que ça. C’est aussi compliqué que pour un homme, il ne faut pas rêver, lâche-t-il entre deux dédicaces sur le stand de son sponsor, La Mie Câline. C’est peut-être plus éphémère une femme qu’un homme. Elles ont plus de mal à  garder un sponsor et c’est peut-être plus ingrat aussi parce qu’on joue beaucoup sur leur féminité. Pourtant les femmes comme Isabelle Autissier, Karen Leibovici, Florence Arthaud dans une autre course ont montré qu’elles avaient leur place dans ce milieu-là . Cette année, malheureusement il n’y en a pas au départ, c’est dommage, » juge-t-il. « Evidemment que ce n’est pas une question de capacité, estime Patrice Gabard, le Monsieur Voile de RTL. S’il y a bien une nana qui a montré que les femmes pouvaient être égales et même supérieures aux homme, c’est Florence Arthaud. Elle a quand même gagné la Route du Rhum sans pilote automatique. C’est un exploit inouà¯. »

Les femmes pourraient – devraient – donc non seulement être au départ mais être là  pour gagner. C’est loin d’être acquis. Tous les marins qui font aujourd’hui la course en tête ont une équipe, un sponsor derrière eux depuis 4, 5, 6 ans ou plus. Parmi eux, évidemment, pas une seule femme.  « Aujourd’hui, trop souvent, les sponsors viennent chercher une femme non pas pour viser une victoire mais pour trouver une exposition médiatique. Du fait de sa singularité, on va forcément parler d’elle. Le jour où une équipe s’engagera avec une femme pour des années et lui fera construire un bateau neuf, ce jour-là , on aura changé d’à¨re, assure Patrice Gabard. Moi, j’ai hâte de voir ce que ça donnera, dans 4 ans, une femme sur un navire à  foils (la dernière innovation qui fait « voler » les bateaux, ndlr) dans les mers du Sud. Elles ne feront sûrement pas de la figuration. »

« On fera peut-être un record de participation féminine la prochaine fois. »

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