Mode

« L’idée, c’est de capter

l'air du temps »

Flore Larrazet a installé son atelier en plein centre-ville de Nantes. Elle l’a baptisé Studio Walkie Talkie. Elle y invente des motifs pour les secteurs de la mode, de la décoration et de l’objet. Elle crée également sa propre collection de tissus jacquard, made in France. Une créatrice qui fourmille d’idée et qui est professionnellement obligée d’être à la pointe de la mode. Rencontre.

© le portrait réalisé par Pauline Rühl Saur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment devient-on designeuse textile ?

Un peu par hasard. Et par curiosité. C’est un métier que je ne côtoyais pas lorsque j’étais petite, même si mes grands-parents étaient dans le textile. Moi, mon truc, c’était surtout le dessin. J’ai fait un bac arts appliqués. Puis in BTS textile design à Lyon, le berceau historique du tissage.

 

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le textile ?

C’est un domaine où on dessine beaucoup, où l’on travaille énormément la couleur, les matières, et je suis très sensible à ça. Au début, je me suis lancée dans la mode enfantine où l’on utilise plutôt l’impression, et qui est plus proche de l’illustration. Aujourd’hui, j’ai évolué vers le jacquard. Le travail du tissu est passionnant.

 

D’où vous vient cette passion pour le tissu ?

Il y a beaucoup de choses, comme l’idée de perpétrer un savoir-faire français, utiliser des fils recyclés… Mais ce qui domine, c’est la matière. Un jacquard « bouge » différemment, il accroche la lumière différemment, il y a du relief, de la matière. Il y a quelque chose de noble, qui est très plaisant.

 

Pour qui travaillez-vous aujourd’hui ?

Je travaille pour plusieurs fabricants de tissu lyonnais. Pour les pièces imprimées, je travaille pour Monoprix, Atomic Soda, Des Petits Hauts, etc. Travailler sur différents supports me permet d’élargir ma clientèle et de toucher à tout.

Combien imaginez-vous de motifs chaque année ?

Je ne compte pas, mais je dirais cinq par semaine, environ. Ça doit faire deux cent cinquante ou cinq cents par an. En fait, je n’arrive pas à m’arrêter, je suis les pistes lorsqu’elles sont intéressantes dans la répétition, surtout quand ce sont des motifs géométriques.

 

Où allez-vous puiser votre inspiration ?

Je cherche beaucoup… Non, en fait, je cherche tout le temps. Ça peut être au détour d’une expo, d’un film, d’une balade… Je regarde tout ce qui se passe autour de moi. Je fais un peu mon marché dans la rue, en observant les gens. Je regarde aussi vers le passé, par exemple l’ornement architectural.

 

Et ensuite ?

Ensuite, je fais des synthèses. J’aime associer des choses un peu incongrues. Ce n’est pas magique, c’est une sorte de recette. L’idée est d’arriver à capter l’air du temps. Pas le temps d’aujourd’hui, mais le temps de demain.

Ensuite, il faut que vos dessins vivent leur vie…

Ça commence dans les salons comme Première Vision, à Paris. C’est là que mes tissus sont exposés, et que l’ensemble de la collection est présenté « pour de vrai ». C’est là aussi que l’on commence à avoir les premiers retours.

 

Une fois vos créations vendues, où les retrouvez-vous ?

Un peu partout. Ça peut être sur des coussins, des plateaux… C’est assez amusant de voir le résultat. Aujourd’hui, ce que j’adore, c’est quand mes créations sont utilisées pour des pièces d’ameublement. Je suis de plus en plus attirée par la déco. On crée une atmosphère, une ambiance, un bien-être au quotidien. D’ailleurs, ma première gamme de papiers peints vient d’être éditée pour Monoprix. C’est une composition un peu plus complexe, un peu plus haute et un peu plus large qu’un tissu.

 

Quelles sont les tendances à venir que vous avez identifiées ?

En mode féminine, pour l’automne-hiver 2018-2019, au niveau des motifs et des matières, ce sera une palette de rayures, de quadrillages, de dentelles, de motifs ethniques géométriques et de velours. Pour les couleurs, ça dépend beaucoup de la cible, de la tranche d’âge, du style recherché… Mais il devrait y avoir encore des couleurs rouge et rouille.

 

Et pour le printemps-été 2019 ?

C’est encore très loin. Pour l’instant, et ce n’est que ma vision personnelle, j’imagine au niveau du graphisme quelque chose de minimal, des jeux de carreaux et de rayures. Cela devrait être très présent, selon moi dans le prêt-à-porter féminin. En ce qui concerne les couleurs, c’est un peu tôt à mon sens pour évoquer des pistes. J’ai pas mal d’idées, mais les choses peuvent évoluer.

 

 

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