Interview

Caroline Bourlès

Créatrice et chasseuse de tendances

Designer textile ou « pattern designer », c’est le métier qu’exerce la Nantaise Caroline Bourlès. Bien installée dans son petit atelier du cœur de Nantes, elle ausculte les tendances, plonge dans les tréfonds d’Internet pour se nourrir et dégager des idées de motifs qu’elle va ensuite proposer aux marques. Ses clients s’appellent Monoprix, La Redoute, Nature et Découvertes ou encore Chasing Paper, une belle marque de papier peint américaine. Nous avons essayé, à travers elle, de comprendre comme marchent ces tendances qui gouvernent la mode.

 

 

 

 

Dans quel état d’esprit êtes-vous quand arrive le moment de travailler sur une nouvelle saison ?

C’est une période difficile. On ressort les rames. Ça prend un peu de temps. Au départ, on n’a rien, et petit à petit, les idées arrivent. Ce sont pleins de petites envies qui vont créer quelque chose, un ensemble plus qu’une tendance. Ça peut partir d’une expo, d’images vues sur Instagram ou sur Pinterest.

 

À partir de ces éléments, vous réussissez à dégager une tendance ?

J’arrive toujours à créer. Après, c’est dur de savoir si on a visé juste ou pas. Est-ce que les envies qui me viennent sont reliées ou pas aux tendances, c’est l’éternelle question. Mais si certains de mes clients vont chercher des choses qui collent à l’air du temps, d’autres vont avoir envie d’aller ailleurs. La tendance n’est pas tout.

 

Comment naissent des tendances comme celle du motif « ananas », que l’on a vu partout ?

Je n’ai pas d’explication. C’est une chose qui n’a pas été faite depuis longtemps et on repart sur ce motif. Moi, je l’ai vu et vendu très tôt dans la tendance, tout comme le motif « citron », d’ailleurs.

 

« Ça peut partir d’une expo, d’images vues sur Instagram ou sur Pinterest. » 

 

Quel est le rôle des cabinets de tendances qui éditent les carnets de tendances ? C’est la bible ?

Ils donnent l’impulsion. Le mass market achète des cahiers de tendances, et tout le monde suit. La grande distribution se fie beaucoup à ce travail. C’est rassurant d’avoir une base, et ils savent ainsi vers quoi tout le monde va essayer d’aller.

Jusqu’à quand va durer la mode des imprimés ?

Ça dure depuis des années, alors qu’auparavant, la tendance était plutôt à l’uni. Mais il y a toujours une bonne réponse du public, les gens aiment ça, ils ne s’en sont pas encore lassés.

 

 

 

Quelles sont, selon vous, les tendances pour l’été prochain ?

Je pense qu’il y aura une tendance sur le camouflage, réalisé avec des grands traits de peinture. On aura aussi pas mal de grands motifs très colorés, un peu dans l’inspiration « papier découpé ». Et des motifs seulement partiellement colorés, avec des numéros dans les emplacements vides, comme dans les livres « paint by number », la peinture au numéro. Il y aura également une tendance un peu « néon » avec des rose et des bleu fluo sur fond noir. Je ne sais pas si je vais aller vers ça.

Est-ce qu’on se copie d’une marque à l’autre ?

Disons que quand un thème émerge, tout le monde cherche à en prendre un bout. Certaines marques en pointe vont sortir de la tendance et oser des motifs, et les autres attendent pour voir. Beaucoup de marques de prêt-à-porter, comme Zara, sont très réactives, et capables de sortir des micro-collections très rapidement. Après, c’est difficile de trouver la limite entre inspiration et copie.

 

Sur quelle saison travaillez-vous aujourd’hui ?

Je commence l’été 2019, tout en travaillant sur les commandes que j’ai eues pour l’hiver 2018.

 

Comment vous passe-t-on commande ?

Souvent, en regardant mon travail, on me dit : « on aime bien ça, on aimerait quelque chose dans l’esprit ». Sinon, en dehors des dessins que je prépare, les marques viennent avec un briefing. Ce peut être très précis ou très vague. Une fois, on m’a dit : « c’est l’histoire d’une panthère qui se balade dans la ville ». J’ai dû partir de là. Quand on est habitué à être très briefé, c’est déstabilisant.

 

Existe-t-il des salons où sont représentées toutes ces tendances ?

Pour l’habillement, il y a New-York et Paris. Le salon Première Vision à Villepinte (Seine-Saint-Denis), ça représente six halls, c’est énorme !

Retrouvez Caroline Bourlès sur http://www.bikinisouslapluie.com/ ou sur Instagram.

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