Ciné

« Bécassine ! »

Le retour de la cousine

« Bécassine ! », c’est l’histoire d’une jeune femme candide née dans une modeste ferme bretonne, qui rêve d’aller à Paris. Sa rencontre avec Loulotte, un petit bébé adopté par la marquise de Grand-Air dont elle devient la nourrice, va bouleverser ses rêves d’évasion. Sa douceur et sa gentillesse permettent de faire régner le calme dans le manoir. Malheureusement, la marquise accumule les dettes et un étrange marionnettiste grec débarque dans le village pour ne rien arranger.  Ce mélange de conte de fées et de film d’aventures est signé Bruno Podalydès. Le réalisateur s’est confié à Jean-Jacques Lester dans Action – Le Mag Ciné sur France Bleu. 

Pourquoi avez-vous eu envie d’adapter cette fameuse et très ancienne bande dessinée ?
Bécassine a commencé en 1905. J’ai regardé des images que je conservais chez moi un peu par hasard, et je suis tombé sur cette bonne bouille, qui m’a profondément touchée. Il y avait à la fois une drôlerie et un mystère dans sa candeur, son étonnement perpétuel. Je me suis dit qu’en incarnant ce film au cinéma, on allait retrouver encore plus d’humanité dans le personnage et aller au-devant de ce mystère d’une personne à la fois drôle et émouvante.

Comment est votre Bécassine ?
C’est un peu un super-héros qui ne le sait pas, elle ne s’agrippe pas aux gratte-ciel et son costume ne change pas, même quand elle grandit. Je ne l’ai jamais vue comme sotte, je l’ai vue naïve, candide, et très curieuse. Elle parle avec tout le monde d’égal à égal, elle met en pratique toutes les idées qui lui traversent la tête, elle n’est jamais inhibée. Elle y croit et quand on croit aux choses, au bout d’un moment, elles peuvent fleurir.

 

C’est Émeline Bayart qui joue le rôle principal, comment avez-vous pensé à elle ?
Elle a joué avec moi dans deux films, et quand j’ai pensé « Bécassine ! », j’ai vu son visage se superposer au dessin. J’ai donc écrit pour elle, c’est un costume sur-mesure. Je suis enchanté par tout ce qu’elle a proposé pour le personnage. Elle a réussi à être fidèle à l’expressivité de Bécassine, tout en la rendant recevable, juste, sans caricature.

Et vous n’avez jamais pensé à faire un film d’animation autour de Bécassine ?
Non, l’animation n’est pas ma tasse de thé, d’autant qu’ici, on vient déjà d’un dessin. En revanche, le fait qu’un personnage de bande dessinée prenne vie magiquement grâce au cinéma, c’est ce que j’aime. Depuis que j’ai vu « Mary Poppins », c’est ce que je demande au cinéma. D’être enchanté. 

C’est vraiment merveilleux, ces rapports entre Bécassine, cette grande enfant, et ce vrai enfant qui est Loulotte dans le film.
J’ai créé toute mon histoire autour de ce couple entre Bécassine et la petite Loulotte. C’est un rapport intéressant, parce que Bécassine n’est pas sa mère, elle n’est pas non plus sa sœur ou sa cousine, ni même sa marraine, et en même temps, elle est un peu tout ça. C’est une liaison très forte. Cette liaison, c’est comme Mary Poppins qui descend du ciel pour aider les enfants à ranger leur chambre, c’est la magie du cinéma.

« Bécassine ! », c’est un peu un film de super-héros en fin de compte.
Je suis d’accord. Pour moi c’est une super-héroïne à la française, j’ai beaucoup pensé aux enfants pendant ce film, et je trouve qu’elle est très forte, Bécassine. Et j’étais très impatient de voir Émeline Bayart dans ce costume et devant la caméra. Je me suis dit « il va se passer quelque chose », et c’est vrai que l’équipe de tournage s’est sentie dépaysée et dans un film de super-héros.

C’est ce qui est fort dans ce film, on se dit avant d’aller le voir que cela va être ridicule, et au final ça fonctionne.
Il faut dire que c’est tentant, la peur du ridicule. Moi, je savais que le projet était risqué dès le début, et c’est très stimulant. Ça m’amusait beaucoup de voir des gens gênés quand je leur annonçais que j’allais faire un film sur Bécassine.

Pourquoi avez-vous choisi Michel Vuillermoz pour le rôle de l’oncle de Bécassine ?
C’est intéressant, un oncle, parce que c’est un confident. Bécassine raconte tout ce qui lui arrive à son oncle, et j’ai pensé à Michel parce qu’il a ce côté très classique, posé, serein, et en même temps, il a toujours une étrangeté. C’est un type à la fois très gentil dans le film, et aussi un peu effrayant. C’est un peu un ogre, il est chasseur, et j’aimais bien ce côté de l’ogre qui fait preuve d’une grande douceur avec Bécassine.

Comment vous avez pensé à Josiane Balasko pour le rôle de Mademoiselle Châtaigne ?
Elle m’avait parlé de Bécassine un jour, et je me suis dit qu’elle aimait tellement cet univers qu’il fallait que je lui trouve quelque chose. C’est la seule de toute l’équipe qui connaissait autant le travail de Caumery, Pinchon et Rivière, et du coup, elle était ravie de participer à l’aventure.

On a aussi cette bande avec vous que l’on a plaisir à revoir (Denis Podalydès, Philippe Uchan, Jean-Noël Brouté, Isabelle Candelier…)
Oui, parce que je sais que cette exigence de comédie que je tiens à garder, je l’aurais avec eux. Il y a une grande complicité, ils se comprennent tout de suite. L’humour vient de là, justement, de ce qu’il se passe entre les gens. Ils ont tous une grande expérience du théâtre, et il y a donc une clarté du jeu que j’aime beaucoup. 

Et Karin Viard en marquise ?
Karin connaissait déjà certains membres de l’équipe, et elle s’est fondue dans ce petit monde avec délectation. Grâce à elle, on a une marquise de Grand-Air qui là aussi ne tombe pas dans le cliché, qui est généreuse, même si elle est en train de perdre toute sa fortune. Elle est un peu déjantée.

Vous avez une Nantaise également dans ce film, Claude Peron, la directrice de la pension.
J’aime beaucoup Claude Perron, je la trouve formidable.

En parlant de Nantes, vous venez régulièrement ici pour présenter vos films en avant-première. C’est important, pour vous, ce contact dans la salle ?
C’est très important, parce que je tourne des comédies, et ma récompense, c’est d’entendre les gens rire. C’est ce qui me donne envie de repartir sur un autre film.

Dans la région, on vous a aussi rendu hommage lors du Festival international du film à La Roche-sur-Yon. Vous y avez passé un bon moment ?
Oui, un très bon moment parce que la programmation du festival était très intéressante. En plus, j’ai eu mon premier film de restauré, donc j’ai été particulièrement touché.

 

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