Nantes

La marque du futur

Dossier

Nantes est-elle une marque, un label qui résonne non seulement en France mais également au niveau européen, voire, soyons fou, mondial ? Derrière cette question où il ne faut voir nul chauvinisme ni esprit de clocher, une réalité : aujourd’hui, en France, dans le marasme économique ambiant, seules quelques métropoles tirent leur épingle du jeu et continuent de créer de l’emploi. Au fil des années, Nantes a su acquérir et développer une image positive et porteuse de valeurs fortes. Culture, création, innovation, capitale verte européenne, urbanisme, sont des mots qui viennent naturellement quand on évoque la ville. Des mots qui portent également un espoir pour notre futur. Tout cela n’est pas dû au hasard mais à  un patient travail. Une stratégie dévoilée pour nous par ceux qui sont au cÅ“ur de ses rouages, Mathieu Baradeau, directeur de la communication de Nantes et Nantes Métropole, et Ludovic Grousset, directeur adjoint de Nantes Saint-Nazaire Développement, en charge de la promotion du territoire. Entretien.

Si j’affirme que Nantes est une marque, que répondez-vous ?

Mathieu Baradeau : Nantes fait partie de ces villes ou de ces territoires qui sont devenus des marques. Il se dégage quelque chose sur le plan visuel, on a une « impression » quand on évoque Nantes. C’est probablement parce que cette ville a fait parler d’elle assez régulièrement dans des registres différents comme la Folle Journée, le Voyage à  Nantes, ou pourquoi pas Royal de Luxe. Mais pour autant, la ville n’est pas encore identifiée au niveau mondial. Il reste encore beaucoup de travail, c’est LE challenge à  venir, mais nous en avons les attributs.

Le constat que vous faites n’était pas évident il y a quelques années…

M.B. : La perception qu’ont les gens de Nantes aujourd’hui, ce n’est pas qu’un travail de communicant, c’est un travail collectif. C’est le territoire qui produit ces repères grâce à  un certain nombre d’acteurs et d’ingrédients. Dans les années 80, Nantes était sinistrée et a été réveillée par les initiatives qui ont été prises. Les potentiels repérés par le politique, en l’occurrence Jean-Marc Ayrault, ont ensuite été cultivés, et de nombreux acteurs ont été fédérés.

Nantes est-elle vraiment devenue une métropole ?

Ludovic Grousset : L’enjeu pour Nantes à  la fin des années 80 était de devenir une métropole d’équilibre et une métropole attractive. Il fallait pour cela réveiller la ville et faire en sorte que les gens prennent conscience de ses atouts. Ce travail est acquis. Aujourd’hui, l’image de marque de Nantes, c’est la qualité de vie, une ville proche de la mer et de Paris, c’est aussi la tolérance, notamment rattachée à  l’Édit de Nantes, mais encore le dynamisme économique avec une ville créatrice d’emplois. Les gens savent qu’il se passe des choses à  Nantes. Après, il ne faut pas se mentir : vu de l’extérieur, on ne sait pas exactement ce qu’il s’y passe. Il faut beaucoup d’humilité dans l’analyse : on n’est pas Barcelone, on n’est même pas Lyon. Nous somme une métropole de taille intermédiaire, comme l’essentiel des grandes villes en Europe.

Quelles sont les clés pour obtenir une reconnaissance internationale ?

L.G. : C’est la mobilisation de tous les acteurs qui va nous permettre d’être visibles. Il faut que Nantes soit identifiée et reconnue au niveau mondial comme une métropole innovante où il se passe des choses. Il faut choisir des niches sur lesquelles travailler. La taille ne fait pas tout, on peut faire des choses intéressantes et être regardé avec attention. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Johanna Rolland est reconduite à  la tête d’Eurocities, qui regroupe les métropoles européennes et leurs 130 millions d’habitants.

M.B. : Pour gagner demain, il faut marquer plus fortement nos domaines d’excellence. Nous sommes reconnus dans le domaine des transports publics, nous avons réinventé le tram, pour la culture, l’urbanisme avec l’île de Nantes comme fer de lance, ou le numérique : la Digital Week vient de rassembler 100 000 visiteurs.

L.G. : Ce qui compte pour le développement économique, c’est de renforcer certains secteurs et de le faire savoir aux personnes concernées dans le monde entier. Il s’agit du numérique, des industries créatives et culturelles, de l’industrie agroalimentaire ou du manufacturing, qui regroupe Airbus, la construction navale et les énergies marines renouvelables. Il faut que l’on sache qu’ici, on construit le plus grand paquebot du monde, l’Harmony of the Seas, le plus grand avion, l’A380, la plus grande éolienne offshore du monde et le plus grand éléphant mécanique du monde. C’est tout un travail pour que nous soyons mieux identifiés : il faut que le nom de Nantes émerge très vite dès lors qu’il est question de ces secteurs-là . Ce que nous cherchons, ce sont les leviers de croissance avec derrière un objectif politique très simple : créer de l’emploi pour tous.

Quel est le moteur de cette réussite ?

M.B. : Tout part des habitants. L’essence de la réussite nantaise, ce qui fait la reconnaissance du territoire à  l’extérieur, c’est ce qui fait son succès à  l’intérieur de la ville. Lorsque je discute avec des gens qui réalisent des études, ils remarquent que dans beaucoup de villes, les habitants sont globalement satisfaits. À Nantes, ils sont non seulement satisfaits, mais fiers. C’est extrêmement important pour nous. Si l’on fabrique de la fierté et si cette fierté n’est pas arrogante, cela veut dire que l’on va fabriquer des initiatives. Ce sont les habitants qui vont se lancer, créer des choses que l’on va repérer et valoriser. Nantes doit rester une ville en mouvement et inventer des trucs que l’on n’a pas vus venir, une ville qui invite à  inventer.

L.G. : C’est crucial, au niveau stratégique, que les habitants soient convaincus de la justesse de ce qui est fait, et que ce qui est fait leur bénéficie. Si 600 000 personnes disent la même chose et en parlent autour d’eux, cela a des conséquences directes : 50 % des entreprises qui viennent s’implanter ici le font parce que des Nantais leur en ont donné envie.

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