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La maison du traict, le Croisic entre mer et lumière

Il y a des adresses qui respirent la sincérité. La Maison du Traict, au Croisic, en fait partie. Nichée au cœur de la ville, cette maison d’hôtes cache, derrière une façade discrète, un jardin secret où l’art de recevoir prend tout son sens.

« Nous cherchions un lieu qui crée la surprise, raconte Laurent Rougier. De la rue, on n’imagine pas ce qui se cache derrière les murs. »

Après dix années à tenir une maison d’hôtes à Paris, Laurent décide de poursuivre son activité sur le bord de mer. Bernard son compagnon, Nantais de naissance et Croisicais depuis cinq générations, retrouve ses racines le moment de la retraite venu.

« Nous avions le choix entre Le Croisic, où nous avions déjà un pied-à-terre, ou le Sud-Ouest, dont je suis originaire », sourit Laurent.

La réponse est venue d’elle-même : « Naturellement, nous sommes venus ici. Le Croisic a beaucoup d’atouts : la ligne TGV directe depuis Paris, la proximité de Nantes, et cette lumière si particulière. »

Ils dénichent alors cette grande bâtisse du XIXe siècle, accolée au marché couvert, dernier bijou non restauré du centre.

« On voulait du cachet, du caractère, un jardin, des vieilles pierres et… des travaux ! » plaisante Laurent.

Il a tout repensé, du bâti au jardin, avec une exigence rare : faire dialoguer patrimoine et modernité sans jamais trahir l’esprit du lieu.

Une restauration inspirée

Zone protégée oblige, la rénovation a été pensée avec la collaboration précieuse d’un architecte, Carl Chaine, en collaboration étroite avec celui des bâtiments de France. L’idée : prolonger l’histoire, pas la réécrire.

Les bâtiments neufs construits sur la parcelle ont été retravaillés pour donner l’impression d’un hameau bâti au fil du temps, avec ses toitures décalées, ses jeux de hauteur, ses recoins intimes.

« On voulait que tout semble avoir toujours été là, confie Laurent. Le jardin, je l’ai dessiné avant même la fin du chantier, pour que la nature et l’architecture se répondent. »

Résultat : un jardin clos, minéral et végétal à la fois, où chaque recoin offre une perspective. Pas d’alignement, mais des espaces différenciés, des dénivelés, des terrasses — un charme de cloître marin.

C’est là que les hôtes prennent leur petit-déjeuner lors des beaux jours : yaourts maison, jus pressés minute, salade de fruits de saison, pâtisseries selon l’humeur — scones, madeleines miel-citron, tartes aux pommes…

Les (rares) jours de pluie, tout le monde se retrouve autour de la grande table de la salle à manger. Un espace qui a été également créé et qui forme un L avec la bâtisse originelle.

À l’intérieur, la mer s’invite en douceur.

« On est au bord de l’eau, alors forcément, un camaïeu de bleus s’est imposé, explique Laurent. On s’est inspiré des ciels du Croisic : le bleu d’été, le gris orage, les reflets d’outremer. »

Dans les chambres, les murs se parent de teintes Farrow & Ball, les sols de carreaux XXL couleur granit, les carreaux de céramique des salles d’eau rappellent la mousse des vagues sur les rochers. Rien n’est laissé au hasard : ici, pas un mur blanc, mais une palette subtile qui raconte la mer sans tomber dans le cliché breton.

Dans les chambres, trois ambiances et un même souffle marin

Chaque chambre porte le nom d’une des plages du Croisic. « Saint- Goustan » est la plus théâtrale des trois. Au mur, une collection unique de croquis réalisés par un costumier de l’opéra de Paris pour Le Barbier de Séville.

Ces dessins, parfois rehaussés de fragments de tissus, forment un décor délicat et vibrant. Les teintes profondes, les matières feutrées et les jeux d’ombres composent une atmosphère à la fois intime et raffinée, comme un salon privé d’artiste.

« Chaque dessin a son histoire, raconte Laurent. J’ai chiné le lot à Drouot, sans imaginer à quel point il allait s’intégrer ici. »

« Les Sables Menus » ouvre la porte au souffle du large. Ici, la lumière est reine. Dégradés de bleu et de sable, textiles naturels : tout respire la douceur du bord de mer. C’est une chambre apaisante, ouverte sur le jardin, où l’on entend presque le clapotis des vagues.

« On voulait que l’on sente la mer. Le Traict, c’est la mer intérieure, les reflets, la lumière mouvante », précise Laurent.

Bientôt, une nouvelle œuvre va venir orner les murs. Cette toile, signée par l’artiste Ostiane de Saint Julien – une amie des propriétaires –, va évoquer le Traict, ce bras de mer qui a donné son nom à la maison.

« Port Lin » fait référence à la plage voisine, l’une des plus emblématiques du Croisic. Ici, la mer devient matière.

Les murs s’habillent de bleus changeants, inspirés des ciels du littoral; au-dessus du lit, une place d’honneur est donnée au gyotaku, cette ancienne technique japonaise utilisée par les pêcheurs pour immortaliser leurs prises. Le poisson couvert d’encre de seiche est imprimé sur un tissu.

On flotte entre art et nature. « Ce tableau a été réalisé par Clément Gourdet, un ami de l’île de Ré, explique Laurent. Il fait lui-même ses gyotakus sur des draps anciens. »

L’art de recevoir, version Laurent

Si la Maison du Traict séduit par sa beauté, c’est surtout l’accueil qui marque. « J’aime ça, recevoir, c’est un plaisir », confie Laurent.

Tout est pensé pour que le séjour soit une expérience : literie signée Le Matelas Français, petits-déjeuners entièrement faits maison, jardin pour savourer un café au soleil.

Et pour compléter cette élégance sensorielle, une identité olfactive discrète : le pot-pourri mythique de l’Officine Santa Maria di Novella, rapporté de Florence.

« C’est un lieu qui invite à prendre son temps, à converser ou à ne rien faire du tout », glisse Laurent.

Certains hôtes discutent, d’autres savourent le silence. Chacun trouve sa place, comme dans le jardin, où la nature choisit elle-même son équilibre.