Portrait

La création

au cœur du Golfe

Elles cousent des robes, fabriquent des chaussures ou des bijoux. Trois femmes et trois parcours différents, mais un objectif : créer. Créer et fabriquer sur place, à Vannes ou à Auray. Toutes se heurtent aux mêmes difficultés : gérer seules ou presque toutes leurs activités, de la création à la fabrication, en passant par la vente et la gestion. Plus qu’un métier, un sacerdoce, mais aussi une aventure incroyable, celle de faire exister des objets qui portent leur vision. La création de vêtements ou de chaussures, qu’on pensait à jamais disparue localement, semble aujourd’hui possible. Des produits un peu plus cher, certes, mais aussi durables et uniques, qui viennent proposer une alternative à la standardisation venue d’Asie. Ça se passe chez nous. Et c’est chouette.

Emmanuelle Savin
Une créatrice à Saint-Patern

 Elle est jeune, elle a du talent. Et du culot. Emmanuelle Savin a installé son atelier de confection et sa boutique dans le quartier Saint-Patern, à Vannes. À 26 ans, elle vient de créer sa griffe. Rencontre.

« J’ai besoin de me faire connaître ». Emmanuelle Savin le sait : en lançant, à 26 ans, sa marque de vêtements, elle s’est engagée dans une véritable aventure. La boutique de Saint-Patern, lumineuse, déploie ses créations sur les portants. Derrière la vitre, dans l’atelier, de nouvelles tenues sont en train de voir le jour. C’est l’aboutissement d’un parcours qui a commencé en équipe stylisme au lycée Saint François-Xavier. « C’est ça qui m’a donné envie, explique celle qui vivait au milieu de peintures et de maquettes. J’avais envie de faire les Beaux-Arts, sans trop savoir pourquoi. Je me suis décidée pour la mode. C’est un art utile. Vivant ». Après deux ans à l’école Esmod de Rennes, elle entreprend une spécialisation luxe à Esmod Paris. Logiquement, elle commence sa vie professionnelle en… vendant du

vin par Internet. « J’étais au service relation client, se souvient-elle. Cela m’a permis de voir comment fonctionne la vente en ligne et comment se règlent les petits problèmes ». Elle fait quelques économies et revient en Bretagne pour se consacrer exclusivement à la mode. « Je voulais participer à des concours de jeunes créateurs, prendre le temps de faire quelque chose de bien ». Et puis, par hasard, le bouche à oreille s’est mis à fonctionner. « J’ai été contactée par une jeune femme de Lille qui avait besoin d’une robe pour un évènement. Je lui ai demandé de m’envoyer quelques photos, ses mesures. On s’est retrouvé à Paris pour un essayage, le choix des matières. Et puis c’est parti comme ça. Je me suis dit que j’allais me mettre à mon compte ». 

« J’aide les gens à oser »

Mais même quand on connaît son métier sur le bout des doigts, monter une maison de couture n’est pas si facile. « Je pensais que ça irait plus vite. Le plus difficile, c’est de créer les tailles pour les clientes. Il y a des morphologies, des hauteurs différentes. J’ai élaboré beaucoup de tableaux avec tous les chiffres pour y arriver ». Elle crée une mode pour les femmes qui veulent être élégantes, sans porter quelque chose de trop compliqué. « Ce que je fais est simple, mais c’est volontaire. Au départ, ma spécialité, ce sont les chemises. Je suis aussi partie sur les kimonos, j’aime beaucoup cette forme. Et puis, il y a aussi les robes, les manteaux, les combinaisons… ». Quand on voit les couleurs, les matières, les dentelles, on comprend qu’Emmanuelle ose s’aventurer dans différents univers. « Parfois, j’aide les gens à oser. Nous sommes souvent figés dans nos habitudes, on joue la sécurité en choisissant toujours nos vêtements dans les trois couleurs que nous aimons porter ». Si les modèles qu’elle présente restent, les tissus, eux, changent en permanence. « Je n’ai pas de gros fournisseurs de tissus. J’achète un tissu parce que j’ai un coup de cœur.

Après, seulement, je décide de ce que je vais en faire. En général, je ne réalise pas plus de six pièces avec un tissu ». Dans la conception de sa mode, Emmanuelle se moque des saisons. « Tout est intemporel. Je dessine des vêtements qui peuvent se porter n’importe quand, hiver comme été. C’est le cas, par exemple, de mes manteaux longs avec des laines très fines. Ils sont suffisamment amples pour mettre une épaisseur dessous en hiver, et juste une veste fine en été ». Évidemment, elle peut également travailler totalement sur mesure, comme pour les robes de mariées que l’on lui commande de temps en temps, ou simplement réaliser un chemisier avec un tissu ou une broderie choisis par la cliente. C’est l’avantage, quand on pousse la porte d’une vraie maison de mode, si nouvelle soit-elle.

EymaAtelier Emmanuelle Savin

25 rue du Maréchal Leclerc, Vannes
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Des chaussures uniques
réalisées à la main

 Des chaussures toutes prêtes ou réalisées sur-mesure, et à coup sûr uniques : c’est ce que propose Anna Mikula, à Auray. Toute seule, elle réalise toute une collection de souliers beaux et… durables !

Dans la petite boutique d’une ruelle en pente qui mène vers Saint-Goustan et la rivière d’Auray, on a un peu de mal à réaliser que toutes les paires de chaussures sont nées de l’imagination et passées entre les mains d’Anna Mikula. Cela fait six ans qu’elle a ouvert son commerce ici. À part un arrière-grand-père bottier, rien ne la prédestinait à créer et fabriquer des chaussures. « J’ai étudié l’histoire de l’art et je travaillais en Pologne, dans une maison de ventes aux enchères. J’étais responsable des ventes d’antiquités. Et puis, j’ai eu envie de changer de vie ». Elle doit jongler entre son travail et les formations. « J’ai été travailler dans plusieurs ateliers de bottiers. Beaucoup étaient en Pologne, c’est un métier où il est difficile de trouver des formations ».

« Le but, c’est que chaque paire soit unique »

Elle dessine chaque paire de chaussures avant de la réaliser. Elle imagine aussi les associations de cuir, qui sont un peu sa marque de fabrique. « Les clientes ou les clients peuvent choisir le cuir qu’ils veulent pour être parfaitement en harmonie avec une tenue, par exemple. Il me faut environ un mois  pour les fabriquer ». Des délais à la mesure du travail artisanal engagé. Anna Mikula fait tout, de la doublure au talon, à l’exception des semelles qui viennent d’Italie. « Je découpe les cuirs à la main, le montage aussi se fait manuellement ». La chaussure est tout cuir. Pour l’instant.

« Je commence une ligne vegan, souligne-t-elle. Le cuir est remplacé par son équivalant végétal ». De la ballerine à l’escarpin un peu rétro, de la bottine à lacet ou à fermeture éclair ou aux sandales, Anna Mikula crée tous azimuts, du 34/35 au 42. « Le but, c’est que chaque paire soit unique. C’est important pour moi : j’essaie de faire des chaussures que l’on ne trouve pas ailleurs. C’est ce que viennent chercher mes clientes – et mes clients : des chaussures originales et confortables ». Un nouveau modèle voit le jour chaque année. « Je travaille un peu hors de la mode. Ce n’est pas elle qui définit la ligne. Je cherche à créer des modèles intemporels ».

La Mikula Créations

47 rue du Château, Auray
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Igor et Lulu
Bijoux d’inspirations

Françoise Lépine a commencé, il y a près de cinq ans, la création de bijoux sous la marque Igor et Lulu, dans l’atelier qu’elle s’est aménagé dans sa maison de Vannes. Aujourd’hui, elle a un peu de mal à fournir toutes les boutiques qui aimeraient proposer ses parures. Une créatrice autodidacte qui se plonge corps et âme dans son métier. Rencontre.

Chaque jour ou presque, Françoise Lépine met en avant de nouvelles créations sur les réseaux sociaux. C’est le moyen qu’elle a trouvé pour connecter son atelier solitaire (mais mignon) avec le reste du monde. « Dès que j’ai terminé une nouvelle paire de boucles d’oreilles, j’aime bien la montrer. J’aime savoir si elle plaît. C’est un peu un aboutissement pour moi qui aime travailler seule ». Un travail qui ne lui était en rien prédestiné, elle qui a fait des études de lettres et qui a ensuite élevé ses trois enfants. « Je n’ai pas le souvenir de comment je suis arrivée aux bijoux. Je sais que j’adore le mélange de couleurs, le travail manuel. Mais ce que je peux vous dire, c’est que c’est une vraie passion. Si je prends des vacances, j’ai du mal à ne pas retourner dans cet atelier ». La passion pour

elle, c’est avant tout la passion de créer en permanence. « Je n’arrive pas à mettre des mots sur ce que je ressens en créant, mais je sais ce que ça me procure. D’ailleurs, si je ne me sens pas bien, je n’y arrive pas. Créer, c’est un tout. Il faut être bien dans son atelier, chez soi. C’est une harmonie ». Elle a su s’organiser pour que ce travail ne tombe jamais dans la routine. « Je fais très peu de séries. Je fabrique peut-être six ou sept modèles identiques, et ensuite, je passe à autre chose ». On reconnaît facilement la « patte » joyeuse et colorée de Françoise Lépine. « J’assemble des perles, des apprêts en bronze, mais je crée aussi mes dessins, mes résines. C’est ce qui apporte ce côté très personnel à mes bijoux ».

« Les clients viennent au créateur »

Malheureusement, la création n’occupe pas 100% de son temps. « J’ai lancé en fin d’année dernière un site de vente en ligne. Ça m’occupe toute la journée, même les week-ends. Ça prend bien plus de temps qu’un boulot normal. Il faut que je gère les expéditions, la compta… J’aimerais ne faire que créer et ne pas m’occuper des à-côtés, mais c’est évidemment impossible », sourit-elle. La magie d’Internet lui permet de mener son activité depuis sa jolie maison du golfe du Morbihan. « Les choses ne seraient pas plus simples si j’étais à Paris. La création peut se faire partout. Aujourd’hui, ce sont les clients qui viennent vers les créateurs. Il m’arrive de recevoir des femmes de Paris ou d’ailleurs qui sont en vacances dans la région, et qui viennent me voir ». François Lépine travaille aujourd’hui avec sept ou huit boutiques à Vannes, Nantes, en Vendée, dans le Finistère. Un nombre qu’elle ne cherche pas à faire grossir. « J’ai de la demande, mais je veux continuer à bosser comme ça. Sinon, ce serait trop de pression. J’ai développé un relationnel important avec ces boutiques, une relation de confiance. C’est ça qui compte ».

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