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Cinéma : « Jumeaux mais pas trop », rencontre avec Ahmed Sylla

Trente trois ans après leur naissance, deux frères jumeaux découvrent soudainement l’existence l’un de l’autre… Pour Grégoire et Anthony, la surprise est d’autant plus grande que l’un est blanc, l’autre noir ! Il y avait une chance sur un million que ce phénomène génétique survienne. Jean-Jacques Lester a reçu Olivier Ducray et Wilfried Meance, auteurs et réalisateurs de ce film ainsi qu’Ahmed Sylla, qui interprète l’un des jumeaux de ce film drôle et touchant pour Action – Le Mag Ciné sur France Bleu Loire océan.

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Vous vous êtes déplacés en force : les deux réalisateurs et puis le Nantais de l’équipe :  Ahmed Sylla. Heureux de vous voir ici !

Ahmed Sylla : “Je suis content parce que je vous ai reconnu tout de suite. Ça veut dire que ça c’était bien passé la dernière fois, et peut-être que vous nous avez porté chance pour l’Ascension. J’espère que vous allez rééditer l’exploit pour Jumeaux mais pas trop !”

C’est vrai que votre film précédent a été un joli succès !

Ahmed Sylla : “Oui, ça a été un vrai succès. Et d’ailleurs juste à côté de moi, il y a Olivier Ducret, qui a été un des auteurs de l’Ascension. C’est ce qui nous a réunis après, sur ce merveilleux film que nous vous présentons aujourd’hui. Je le dis avec tout mon cœur : c’est un film extraordinaire qu’on a tourné !”

Qu’est ce qui vous fait dire ça ?

Ahmed Sylla : “C’est un film chorale qui est touchant, qui parle d’amour, qui parle de fraternité et de famille. C’est un film dont on a besoin je pense en ce moment. C’est-à-dire que même moi, même si je suis dedans, c’est un film que j’aurais aimé voir au cinéma. Il fait du bien et il rassemble.”

Il y a aussi beaucoup d’humour, plein de gags et on est emporté par une vague d’émotions. On n’en dira pas plus mais j’étais au bord des larmes… Comment le résumer ?

Wilfried Meance : “Ce sont deux frères jumeaux, un noir et un blanc qui sont séparés à la naissance et qui découvrent l’existence l’un de l’autre trente ans plus tard. En fait, ce qu’il faut savoir, c’est que c’est une idée de nos producteurs, qui étaient tombés sur un article de journal qui parlait de la naissance de jumeaux noir et blanc. Ils nous ont confié ce point de départ là.”

Donc cette histoire, elle est vraie ?

W.M. : “En tout cas, la possibilité d’avoir des jumeaux de couleur différente oui, elle est réelle. C’est une chance sur un million de naissance gémellaire. Et c’est effectivement un point de départ incroyable.

Tout l’enjeu a été de se demander comment on pouvait traiter un sujet pareil sans tomber dans un truc un peu potache, tarte à la crème avec les blancs/les noirs et toutes les vannes qu’on connaît déjà là-dessus. Et nous, ce qu’on s’est dit, c’est qu’on voulait raconter avant tout une histoire de famille, et une histoire universelle. La question de la couleur a finalement été dépassée assez rapidement.”

A.S. : “En fait, les vrais clivages dans ce film ne sont pas entre noirs et blancs. Ils sont sur d’où on vient et où on a grandi. En fin de compte, on parle beaucoup d’égalité des chances à travers cette histoire.”

Et vous, quand vous avez lu cette histoire, vous y avez cru tout de suite ?

A.S. : “Quand ils sont venus me raconter le film, c’est vrai qu’au début, j’ai eu un petit mouvement de recul en me disant : “Mais, où est-ce qu’on va ?” Puis, quand ils m’ont dit que ça pouvait vraiment exister, j’y ai prêté quand même un peu plus d’attention. Après, ce sont quand même deux génies ! Ce qu’ils ont écrit sur ce scénario, c’est extraordinaire. J’en suis vraiment tombé amoureux. C’était un film qui était vrai. J’en parle au passé parce que j’ai envie de le retourner, encore une fois. S’ils avaient pris quelqu’un d’autre, je leur en aurais voulu.”

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C’est un rôle formidable. Vous vous éclatez, vous êtes complice avec Bertrand Usclat qui est très connu sur les réseaux sociaux pour ses pastiches. Comment avez-vous pensé à Bertrand comme jumeau potentiel ?

Olivier Ducray : “On avait découvert Bertrand au travers des vidéos « broute ». Il y a un épisode où il jouait un député de droite. Et en fait, comme on avait besoin de quelqu’un avec un physique « de droite », on s’est dit que Bertrand serait super. Et ce qui a fait la connexion, c’est que très tôt, on a fait des lectures avec Ahmed et Bertrand. Ça a vraiment « matché » entre eux. Le film s’est construit lors de cette préparation.”

Gérard Jugnot joue le papa du frère jumeau, Grégoire. Comment est-il arrivé dans cette aventure ? 

O.D. : “Avec Wilfried, il faut savoir que quand on écrit, on adore les seconds rôles. On avait vraiment à cœur d’avoir des chouettes seconds rôles à la fois humainement et qualitativement bien sûr. Gérard Jugnot, c’est un nom qui est arrivé assez vite pour jouer le papa de Grégoire. Un bon français avec la bonne tête. On se raconte qu’il a été maire d’Angoulême, ça marche, et assez vite, on a formé ce couple avec Isabelle Gélinas. Après, on est allé chercher d’autres figures emblématiques comme Jean-Luc Bideau, qui est aux antipodes de Gérard Jugnot dans le film. Et il y a aussi toute une génération de nouveaux acteurs qui apportent énormément au film.”

Mais ce film, il est au-delà des clichés…

A.S. : “Exactement, et c’est aussi une des raisons pour laquelle j’ai accepté de faire ce film. On dépasse cette histoire de couleur de peau. C’était relégué au second plan. Elle est présente tout au long du film : on la voit à l’écran, cette différence. On n’a pas besoin de la surligner. On dépasse aussi la condition sociale. Ça devient un prétexte. On ne parle pas de l’endroit, on n’appuie pas dessus. Je viens d’une cité, mais les réalisateurs ont vraiment eu l’intelligence artistique de ne pas réduire les vannes à des clichés et des caricatures. Ça permet de voir un film avec des vrais gens, des gens qui existent et qu’on a envie d’aimer.”

Ahmed, quel est votre premier grand souvenir de cinéma à Nantes ?

A.S. : “Je ne sais pas si c’est le premier, mais plus jeune, je n’avais pas beaucoup d’argent pour aller voir des films. Au Pathé Atlantis, avec mes amis, on essayait de resquiller un petit peu en passant par des portes de secours. Ça m’a fait tout drôle la première fois où je suis venu en avant-première pour le film l’Ascension. Ça a été extraordinaire. Je me suis dit : “Mais c’est dingue, je venais ici, on se battait avec nos trois sous pour aller voir un film et là, je viens présenter un film”. On m’a ouvert les portes. Et pour le coup, je n’ai pas payé !”

Sortie en salle le 28 septembre.