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Une épopéé comme celle du FC Nantes

C’est une page méconnue de l’histoire française que le réalisateur Stéphane Demoustier remet aujourd’hui en lumière avec son nouveau film L’Inconnu de la Grande Arche.

L’histoire vraie d’un concours d’architecture, d’un architecte danois inconnu et d’un Président bâtisseur : François Mitterrand. Rencontre au micro de Jean-Jacques Lester dans les studios d’Ici Loire-Océan à Nantes à la veille de l’avant- première qui a eu lieu au cinéma Katorza.

 

Comment êtes-vous parti sur l’histoire de cet architecte inconnu à qui l’on a confié un chantier colossal : celui de la Grande Arche de la Défense ?

Stéphane Demoustier : Je suis tombé sur cette histoire en lisant un livre qui s’appelle La Grande Arche. Dans ce livre, il y avait un point aveugle : l’architecte de la Grande Arche. Ça m’a énormément intrigué.

Personne ne le connaissait, parce que c’était un concours anonyme et international. Le vainqueur était Johan Otto von Spreckelsen, un Danois d’un peu plus de 50 ans, professeur d’architecture au Danemark, qui avait construit, en tout et pour tout, sa maison et cinq chapelles… Et il se retrouve à la tête du plus gros chantier de l’époque !

C’était une aventure hautement romanesque : elle commence comme un conte de fées et finit autrement. À ma grande surprise, j’ai découvert une épopée, un peu comme celle du FC Nantes : il y a des rebondissements, des choses inattendues… On lit cette histoire parfois comme un thriller.

Ce projet semble aussi parler de votre propre métier : celui de réalisateur.

Oui, j’ai gagné ma vie pendant des années en faisant des films d’architecture pour des musées. Pendant longtemps, ce que j’ai le plus filmé, ce sont des bâtiments.

Pour un réalisateur, c’est toujours intéressant : on se pose des questions d’espace. On peut vraiment faire un parallèle entre l’architecte et le réalisateur. Tous deux ont une idée et doivent la faire entrer dans le réel. Le film raconte cette tension-là : comment faire pour que ses idées prennent forme, malgré les obstacles ?

Cet architecte arrive du Danemark, avec une culture et des codes très différents des nôtres…

Exactement. Ce qui est intéressant, c’est qu’on regarde notre pays à travers les yeux d’un étranger. Lui découvre ce fonctionnement présidentiel totalement monarchique, avec François Mitterrand qui agit comme un mécène. C’est un monarque bâtisseur. Et pour ce Danois, tout cela est totalement incongru.

Le casting du film est international, notamment avec des acteurs danois dont Claes Bang, qui incarne l’architecte.

Je tenais absolument à tourner avec un acteur identifié comme Danois. Quand j’ai rencontré Claes Bang, il y a eu une évidence : il est gigantesque ! Physiquement, il est hors échelle, comme son personnage. Et ce décalage, cette inadéquation entre lui et ses interlocuteurs français, raconte déjà beaucoup.

Le film joue en permanence avec ce décalage, parfois avec humour. On raconte l’histoire de gens qui ont de grandes idées et qui, souvent, se prennent les pieds dans le tapis. C’est notre condition humaine.

Le chantier que vous montrez à l’écran est impressionnant. Comment l’avez- vous recréé ?

C’était un double défi : reconstituer les années 80, mais aussi donner corps à ce chantier immense. C’est l’histoire d’un architecte submergé par sa propre œuvre, et il fallait qu’on ressente ce vertige. Nous n’avions pas les moyens de tout fabriquer en numérique, alors nous sommes partis de nombreuses photographies d’époque.

Nous avons ensuite intégré nos comédiens à l’intérieur de ces images. Ce sont les images que nous avons ensuite animées. C’est improbable, mais ça a très bien fonctionné. Cela donne un mélange d’images documentaires et de fiction très saisissant.

À travers cette histoire, c’est aussi tout un pan de la présidence Mitterrand qui ressurgit.

Oui, c’est l’époque des Grands Travaux : la Grande Arche, mais aussi la pyramide du Louvre, la BNF… Mitterrand avait une vraie vision, mais aussi une peur de la mort. Il disait souvent : « On oublie le nom des hommes politiques, mais les bâtiments, eux, restent. » Il voulait survivre à travers ces monuments. C’est ce que raconte aussi le film.

L’Inconnu de la Grande Arche, un film de Stéphane Demoustier, actuellement en salle.