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La coquetterie, pas si futile !

Se maquiller, se faire les ongles, se coiffer avec soin… Des passe-temps narcissiques ?

Bien au contraire. La coquetterie peut devenir un véritable outil d’empowerment, une manière de reprendre le pouvoir sur soi-même, sur son corps, et sur l’image que l’on choisit d’envoyer au monde.

La coquetterie a longtemps eu la réputation d’être frivole et superficielle. Entre œillades appuyées et décolletés pigeonnants, les coquettes sont omniprésentes dans les pièces de Marivaux comme les romans de Balzac.

Cependant, depuis que le féminisme est passé par là, notre regard sur cette prétendue coquetterie féminine n’est plus le même : elle a longtemps été l’unique arme à la portée des femmes dans une société patriarcale.

Derrière ce désir de se faire valoir et de plaire aux autres se cache une forme d’empowerment : une manière d’affirmer sa liberté, de reprendre la maîtrise de son corps et de manifester son pouvoir d’action.

« Jamais sans mon mascara », « j’ai toujours un tube de rouge à lèvres dans mon sac », « je ne sors pas sans fond de teint ».

Chacune d’entre nous a son rituel, son produit fétiche, son talisman, armes symboliques face au regard social.

Autant de mises en scène de soi-même qui incarnent notre capacité à se présenter au monde avec assurance.

Dans son livre Manipuler et séduire (éd. Belin), Nicolas Guéguen, professeur de psychologie sociale et sciences cognitives, explique le rôle inattendu des cosmétiques dans la vie des femmes :

« Les dernières découvertes révèlent de façon surprenante que la beauté et l’attirance plastique ne sont pas les seuls paramètres de la personnalité que le maquillage parvient à moduler : l’impression de stabilité, de confiance, de réussite professionnelle que vous laissez autour de vous est également tributaire de ces produits. »

De la séduction à l’empowerment

Dans le regard de l’autre, la coquetterie fait son effet. Mais également dans celui que l’on porte sur soi.

Une manucure impeccable, un brushing bluffant, une nouvelle couleur de cheveux… : on se sent plus forte, plus assurée, plus confiante.

Les travaux de Thomas F. Cash, de l’université de Norfolk en Virginie, montrent l’emporwerment que procure le soin accordé à soi : lorsqu’elles sont apprêtées, les femmes expriment une meilleure confiance en elles-mêmes, notamment dans leur efficacité au travail.

La psychanalyste Nathalie Haggiag va plus loin : elle analyse la dimension thérapeutique de la coquetterie.

« L’hygiène, les soins de beauté, le maquillage restaurent quelque chose d’essentiel et de très profond en nous. C’est pour cela que des services de socio- esthétique et de coiffure ont été mis en place dans les hôpitaux. Ils s’avèrent complémentaires des actes médicaux. Ces soins relèvent du vital, de l’élan de vie. Ils permettent de rester en lien avec soi. » Autrement dit, prendre soin de soi, c’est se réparer.

Et, comme le rappelle la psychanalyste, « un des premiers symptômes de la dépression est de ne plus prendre soin de son hygiène et de son apparence physique.»

Un antidépresseur naturel

Les mains du coiffeur sur votre cuir chevelu lorsqu’il vous fait un shampoing, celles de l’esthéticienne lorsqu’elle masse votre visage… : ces contacts physiques permettent de sécréter de l’ocytocine, source de calme et de volupté.

Ce neurotransmetteur qui agit sur notre cerveau limbique, centre de nos émotions, favorise le sentiment de satisfaction et de plaisir. Et réduit stress et anxiété.

« Les soins de beauté sont des rituels par lesquels non seulement on se reconnecte avec son corps, mais on porte également attention à son intériorité, poursuit Nathalie Haggiag. On ferme les yeux et on fait le point sur son ressenti, ses émotions. »

S’atteler à une manucure maison, à un soin de visage, se faire couler un bain avec des huiles essentielles : il s’agit de routines qui ancrent dans le moment présent.

On est concentré sur une seule activité, le corps et la tête sont en phase, les sens en éveil. De même lorsque l’on se rend en institut, c’est un moment où l’on se pose.

Certaines avouent que c’est le seul endroit où elles oublient leur smartphone. Le paradoxe est là : ces rituels intimes, tournés vers soi, préparent aussi la rencontre avec l’autre.

Expérience sensuelle, psychique et symbolique, tournée vers l’intériorité et ouverte aux autres, la coquetterie est un art qui n’a pas fini de donner du sens…

Une image sociale renforcée

Nous le savons toutes : une femme maquillée, coiffée, soignée ne sera pas perçue comme celle qui ne l’est pas.

La coquetterie devient donc un enjeu social, et parfois un outil de pouvoir.

Des travaux de la psychologue Rebecca Nash révèlent qu’une femme maquillée est jugée en meilleure santé, plus digne de confiance et plus compétente. Elle inspirerait même l’idée qu’elle gagne mieux sa vie.

Ainsi, la députée démocrate latino-américaine Alexandria Ocasio-Cortez, qui porte son rouge à lèvres comme un étendard féministe, citait Helena Rubinstein lors de sa prestation de serment en 2019 : « La beauté, c’est le pouvoir ! »