Ludovic Savariello met « les doigts dans la crise »

La santé mentale est devenue, aujourd’hui, une vraie préoccupation. Avec Ludovic Savariello, elle monte même sur scène. Grâce à une mise en scène signée Mathilde Moreau, le chef d’entreprise/ auteur/comédien propose au public de lui donner quelques clés pour comprendre cet organe dont la notice n’est pas fournie à la naissance : le cerveau. Rencontre, à quelques jours de son passage à la Compagnie du Café-Théâtre à Nantes, avec celui qui veut « hacker votre tête et retrouver votre superpouvoir intérieur ».
Urbanne : Bonjour, Ludovic, comment ça va ?
Ludovic Savariello : Très bien, merci !
Et justement, pourquoi ça va « très bien » pour vous, aujourd’hui ?
Parce que la vie, même quand elle nous surprend, voire nous bouscule – comme ce fut mon cas – peut aussi nous ouvrir les yeux et nous enseigner comment en profiter pleinement, en tirant le meilleur parti des circonstances.
Et pour vous, les circonstances ont été dramatiques…
J’ai eu un accident grave. Les médecins diagnostiquaient deux ans au lit ou en fauteuil roulant. Ça s’est passé à un moment où je n’étais plus salarié, j’avais créé deux boîtes… Pour moi, c’était impossible de rester bloqué tout ce temps. C’est là que je me suis souvenu d’une discussion avec Jacques Mayol, le champion du monde d’apnée avec qui je pratiquais cette discipline : on lui avait dit que le corps humain ne pouvait pas descendre en dessous de 50 mètres, sinon il risquait de mourir. Il est descendu jusqu’à 100 mètres…
Ça a été un déclencheur pour vous ?
Je me suis dit, voilà, « ça existe ». Je me suis intéressé à l’impact que pouvait avoir notre cerveau sur notre vie. Le cerveau contrôle tout au sens biologique, mais il contrôle aussi nos perceptions des choses, nos décisions, nos états d’esprit. Son rôle est gigantesque, et on ne nous a jamais donné de mode d’emploi !
Vous avez fait de nombreuses recherches et ça vous a donné envie d’écrire un livre ?
Oui, Votre cerveau, fournisseur officiel de bonheur, paru en mars 2024. Je partage des exercices simples pour renforcer la mémoire, la concentration, l’intelligence émotionnelle et résister au stress.
Notre cerveau, c’est un peu comme une machine : quand ça tourne trop vite, on risque les bugs ?
Exactement. Quand nos pensées vont à cent à l’heure, on s’enferme, on tourne en boucle. Il faut ralentir le système, appliquer un frein. Sinon, c’est le burn-out. Mais en comprenant comment cette machine fonctionne, on peut éviter ces faux pas.
Votre spectacle est qualifié de « psyshow ». Ça veut dire quoi ?
C’est 50 % stand-up et 50 % atelier mental ; un spectacle qui mêle rires, émotions, expériences interactives et démonstrations bluffantes. C’est aussi littéralement une mise en scène de la résilience que j’ai écrite avec la complicité de Carole Greep. Je raconte mon parcours d’ingénieur, et d’entrepreneur, bousculé par un accident et je propose au public des techniques concrètes pour comprendre et utiliser son cerveau au quotidien. C’est à la fois drôle, interactif et profondément utile.
Pourquoi « psyshow » ?
C’est un format hybride, qui n’existe nulle part ailleurs : c’est à la fois un one-man show où j’explique ce qui m’est arrivé de façon humoristique, mais aussi un spectacle où les gens se réparent. Je mélange l’humour, le réel, le scientifique, pour que chacun reparte avec des clés, par exemple pour savoir comment gérer une crise. On parle bonheur, stress, émotions, amour, cerveau qui bugge… mais toujours avec humour. Il n’y a pas de leçon, pas de morale.
Quel est l’accueil des spectateurs ?
Très chaleureux. À chaque représentation – et j’en ai donné une cinquantaine – on me dit qu’on repart avec des clés. À la sortie, certains, au lieu de se précipiter au restaurant pour aller manger, restent une heure pour discuter encore… C’est le but : ouvrir des portes.
Vous parlez beaucoup de clés. Qu’est-ce que ça peut être ?
Cela peut être par exemple le fait de comprendre qu’une partie de notre cerveau est toujours en train de chercher du sens. Quand il ne trouve pas de sens à ce qui est en train de se passer ou à ce qu’on fait, il se met à bugger. La question « pourquoi ? » se pose en boucle. Cela provoque angoisse, stress, fatigue et crise de sens. Ce n’est pas conscient, mais ça amène à se sentir mal.
Comment est née l’idée de ce spectacle ?
Lors de la crise sanitaire, j’ai organisé des webinaires gratuits pour aider les gens à gérer leur stress et leur angoisse. On a rassemblé jusqu’à six mille personnes. J’ai trouvé un tel état de délabrement psychique que je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose, transformé ça en spectacle, aller plus loin.
Est-ce que vous sentez que le public est aujourd’hui sensible à ces thèmes ?
Très. Burn-out, anxiété, crise de sens : les chiffres le montrent, on vit une époque où beaucoup souffrent. Nous sommes les champions du monde du pessimisme. Ce spectacle apporte des pistes concrètes pour comprendre et agir autrement.




