Les Beurrés Nantais, le FC Nantes vu par Cazarre

Les Sopronos, c’est le nom de la pastille humoristique imaginée pas Julien Cazarre pour Winamax et diffusée sur YouTube. Le journaliste sportif et humoriste se paie tous les clubs de Ligue 1. Nantes n’est pas épargné. Il a inventé le vrai-faux groupe de supporters Les Beurrés nantais. Ça fait sourire, rire et ça aiguillonne un peu ! Il a répondu aux questions de Jean-Jacques Lester sur la radio ici Loire Océan.
Julien Cazarre, comment avez-vous pensé à créer ces Beurrés nantais pour Winamax ?
Julien Cazarre : Alors, au départ, il y a déjà le jeu de mots. Parce que les beurrés, les Petits Beurres, c’est un classique de la région… Les Beurrés nantais, ça correspondait, au départ quand on les a créés, au moment où Domenech faisait son sublime passage éclair. On s’était dit, en pensant aux supporters nantais : « Ce sont des supporters qui ont vraiment besoin, qui ont une nécessité d’avoir l’alcool pour les aider », parce que sans alcool, je ne vois pas comment on peut tenir en étant supporters nantais depuis quelques années.
C’est un peu dur pour eux, non ?
Je me dis qu’il faut prendre ça avec légèreté, et surtout, dans le même temps, il y avait toute une bande de supporters nantais qui présentait le Kita Circus, en hommage au propriétaire du FC Nantes, et qui justement abordait ça avec beaucoup de second degré. Je pense que c’est une période où tous les supporters nantais avaient beaucoup de recul, contrairement à pas mal de supporters d’ailleurs, du reste de la France.
Vous voulez dire que les supporters nantais sont des sages ?
Ils ont beaucoup de recul sur leur club et sur le cirque qu’il représente, depuis qu’il y a Waldemar Kita. C’est une aventure qui passe par des victoires en coupe, des désillusions, des branlées en finale, des descentes en Ligue 2, des maintiens à l’arrache. On a l’impression que c’est une espèce de grand bordel. Et je trouve que ce groupe de personnages, les Beurrés nantais, correspond bien à l’état d’esprit de ce que peut vivre un supporter nantais. « Rigolons-en plutôt que de finir par se suicider au Formule 1 de la ZAC de Carquefou. »
Comment avez-vous conçu leur look ?
C’était vraiment sur l’univers du mec de fin de soirée : il va mettre toutes les fringues improbables qui sont aux couleurs du club… et une perruque. Il peut s’habiller n’importe comment du moment que c’est aux couleurs du club et avec une perruque jaune. C’est pas beaucoup plus réfléchi que ça. Le message : « Toi, écoute, t’es bourré, t’es mal sapé, mais c’est aux bonnes couleurs ? T’es le bienvenu. »
Et justement, pourquoi revenez-vous régulièrement sur Nantes ? Parce qu’on ne peut pas dire, comme vous l’avez dit, que c’est l’élite de la Ligue 1.
Parce que malgré tout, quoi qu’on en dise, des grands clubs en France, on n’en a pas quinze mille. Peut-être qu’on n’en a même pas du tout. Mais en tout cas, des grands clubs qui ont une génération marquante, il y en a peu. Bordeaux, Saint- Étienne, Paris, Marseille, Monaco et Nantes. Nantes fait partie de l’histoire de la Ligue 1. Donc, on a perdu Saint-Étienne, on a perdu Bordeaux… Il reste pas grand-chose quand même ! Nantes, c’est une espèce de résistance, je dirais de résistance alcoolisée. Ça serait un autre club – Metz, Strasbourg ou même Reims –, ça ne serait pas aussi drôle parce que ce ne sont pas des clubs avec une histoire forte, donc finalement, c’est facile pour eux d’avoir des hauts et des bas. Mais cette espèce de période de latence que vit le FC Nantes, finalement, c’est drôle parce que justement c’est un grand club. Il ne devrait pas galérer autant.
Et vous disiez tout à l’heure que les supporters nantais ont du mérite. Est-ce que vous avez eu leurs avis sur ces Beurrés nantais ?
Que des bons, étonnamment ! Je sais qu’il y a des supporters en Bretagne – entre guillemets dans la Bretagne pure et dure –, chez les Brestois par exemple, que ça énerve d’être renvoyés à l’alcool. Mais non, Nantes, ils ont toujours bien pris cette caricature. Je pense que les Beurrés nantais, c’est un truc un peu cathartique, ça fait du bien, c’est résilient : on rigole, on est bourré, on est un peu nul. On sait que chaque fois c’est le cirque, que dès qu’on a un bon joueur, il se barre, et dès qu’on a un mauvais entraîneur, on le prend… Donc il y a un peu un côté « rigolons-en ».
Et sinon, que pensez-vous de Nantes, cette saison ?
Pour moi, la bonne nouvelle pour Nantes, c’est déjà que l’entraîneur, quand on connaît son parcours, est quelqu’un de doué, d’intéressant. Et comme Kita n’a pas mis d’oseille dans le recrutement, l’entraîneur a un peu de moins de chance d’être sur un siège éjectable.
Pourquoi ça ?
Parce que le problème c’est que souvent, Waldemar, il lâchait un peu d’oseille, et puis il disait : « Eh bien, maintenant, il faut me montrer du jeu, me montrer du résultat et me faire rêver. » Ça mettait une grosse pression sur l’entraîneur. Là, il a mis zéro sur la table. Je crois que le mec le plus cher, il a coûté huit cent mille euros. Payer en centaines de milliers, et pas en millions d’euros, c’est fou par rapport au marché actuel : c’est les années 90 ou le début des années 2000 ! Je pense que ça peut servir à l’entraîneur, et s’il un petit peu de temps, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas !
Nantes peut retrouver son lustre ?
Je ne parle peut-être pas de place européenne, mais qu’il y ait un peu de spectacle, et que de temps en temps on ait un classement correct. Je pense que ce genre d’équipe doit dans un premier temps faire plaisir à ses supporters à la Beaujoire. Après, si tu te fais écraser à l’extérieur, c’est pas grave, tant qu’il y a des victoires à domicile. Surtout, comme il aura le temps et que la Ligue 1, ce n’est pas la Premier League, en ce moment, il y a toujours quelque chose à faire !



