Carine Martin : Nantes a su se réveiller, Il faut accompagner sa transformation.

Fondatrice du Studio 54, le studio de tatouage et de piercing, en 2000, Carine Martin est aujourd’hui présidente de Plein Centre, l’association qui fédère près de quatre cents commerçants du cœur nantais. Rencontre avec une femme passionnée, ambassadrice d’un centre-ville en pleine mutation.
Vous vivez et travaillez à Nantes depuis vingt-cinq ans. Comment avez-vous vu la ville évoluer ?
Carine Martin : Quand je me suis installée en 2000, Nantes était encore perçue comme « la belle endormie ». En vingt-cinq ans, elle s’est transformée en une ville ultra dynamique, sur le plan économique, culturel et démographique. Forcément, cette croissance a ses avantages et ses inconvénients. Mais ce que je retiens surtout, c’est l’énergie incroyable qui s’en dégage aujourd’hui.
Qu’est-ce qui fait la spécificité de son centre-ville ?
Le centre historique de Nantes est particulièrement riche grâce à la forte proportion de commerces indépendants. C’est ce qui le différencie des centres commerciaux : ici, on découvre des enseignes uniques, des concepts innovants, et des commerçants passionnés. Cela donne une identité, une âme au cœur de ville.
Comment en êtes-vous venue à vous investir dans Plein Centre ?
C’est parti d’une rencontre, presque par hasard. J’ai rapidement vu l’intérêt de créer du lien entre commerçants et de monter des projets collectifs. On m’a proposé d’abord un rôle de vice- présidente, puis la présidence. Ce qui me motive, c’est la dimension humaine : être sur le terrain, discuter, défendre nos adhérents et inventer des animations qui font battre le cœur du centre-ville.
On dit souvent que Nantes est une ville test pour les nouvelles enseignes. Est-ce vrai ?
C’est une réputation ancienne, et dans une certaine mesure, elle reste valable. Beaucoup de concepts choisissent Nantes pour se lancer. Mais ce n’est pas toujours facile : les bons emplacements sont rarement disponibles. Je dirais qu’il faut de l’énergie et une bonne connaissance du terrain pour réussir ici.
Concrètement, quelles sont les missions de l’association ?
Nous en avons quatre principales. Animer le centre-ville, pour que les Nantais et les visiteurs aient toujours une bonne raison de venir et revenir. Créer du lien entre commerçants et espace public, car un centre animé profite à tous. Nous voulons aussi accompagner la transition écologique en incitant nos adhérents à adopter de meilleures pratiques. Et puis nous jouons un rôle de relais auprès des institutions et des pouvoirs publics; nous travaillons avec eux, mais nous restons libres de nos idées et de nos positions.
Les grands travaux compliquent-ils l’accès au centre-ville ?
Évidemment, les chantiers comme ceux du quai de la Fosse rendent les accès plus difficiles, notamment en voiture. La disparition du parking Gloriette est aussi un vrai sujet : il était très utilisé, mais c’était aussi un énorme îlot de chaleur. Nous devons trouver un équilibre entre confort d’accès et transition écologique. Plein Centre joue ce rôle de tampon : nous faisons remonter les contraintes vécues par les commerçants et cherchons des solutions avec la Ville.
Vous avez d’ailleurs obtenu la gratuité des transports le week- end. Quel impact ?
Oui, nous avons plaidé pour cette mesure, et Nantes a accepté — ce qui est assez rare en France. Elle facilite l’accès au centre, en particulier pour les petits budgets.
L’influence exacte sur les chiffres d’affaires est encore difficile à mesurer, mais nous avons lancé un panel représentatif de commerçants qui communiquent leurs tendances chaque mois. Cela nous permettra enfin de croiser données de flux et chiffres réels.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour les commerçants nantais ?
Le premier, c’est la baisse du pouvoir d’achat, un phénomène national qui touche toutes les grandes villes. Le covid a changé les habitudes de consommation, avec un peu moins de fréquentations. À l’inverse, l’été, Nantes bénéficie d’un énorme apport touristique, grâce notamment au Voyage à Nantes. Le deuxième défi, ce sont les fermetures liées soit à des concepts mal adaptés, soit à un manque de flux. Mais il faut aussi noter une bonne nouvelle : après une période de creux, nous observons une reprise avec de nombreux projets d’ouverture.
Est-ce que le centre-ville se transforme ?
Oui, il évolue. Certains locaux commerciaux deviennent des espaces de services, les quartiers périphériques se développent et attirent davantage leurs habitants. Cela réduit un peu la zone de chalandise du centre. Mais notre taux de vacance commerciale reste l’un des plus bas de France, ce qui prouve l’attractivité de Nantes.
Comment faites-vous pour redonner envie aux Nantais de fréquenter le centre ?
L’animation est notre cœur de métier ! Nous organisons chaque mois des événements conviviaux comme le Bingo Géant, la grande journée Nantes à Cœur que nous renouvelons depuis huit ans et puis des grands spectacles de rue en plus des Off du Voyage à Nantes. Cela marche très bien : ça crée du lien entre commerçants et riverains, ça redonne de l’émotion et ça rappelle qu’aucune expérience numérique ne remplacera la chaleur d’un centre-ville vivant.
Nantes a parfois souffert d’une image négative. Est-ce aussi votre combat ?
Oui, il est essentiel de communiquer positivement. Nantes a été victime de city bashing et cela a pesé sur son attractivité. Aujourd’hui, nous travaillons avec la Ville pour redonner une image plus juste : celle d’une ville créative, en mouvement, accueillante. Et avec la fin des grands travaux, l’arrivée du nouveau CHU, les ponts de l’île de Nantes, je suis convaincue que nous allons entrer dans une phase encore plus dynamique


